MOLIÈRE A LES
VINGT-SIX CARACTÉRISTIQUES
DU BOUFFON DU ROI
Denis BOISSIER
(mis en ligne : 31 mars 2009)
« Pour le public des années 1658-1660, Molière est exclusivement un bouffon » écrit sans ambiguïté l’éminent Maurice Descotes. Pour les années suivantes, toujours selon Descotes, « ce Molière démoniaque, détracteur des honnêtes gens, corrupteur de la moralité et profanateur des valeurs les plus sacrées, constitue l’une des images les plus vivantes que se sont faites de lui les contemporains.»01
Le célèbre Gustave Lanson fut le premier, en 1901, a osé dire une portion de vérité sur Molière : « Nous sommes si accoutumés à parler de Molière avec dévotion, nous écoutons si respectueusement ses plus folles facéties comme choses profondes et riches d’un sens grave, que lorsqu’un de ses contemporains nous dit de lui comme Somaize qu’il est "le premier Farceur de France", ou comme Montfleury qu’il est le successeur de Scaramouche, ces éloges insuffisants nous font l’effet d’être des injures. Nous nous indignons, et nous haussons les épaules de pitié, quand nous lisons dans quelques obscurs libelles que notre grand Molière a étudié des rôles chez l’Orviétan et brigué une place sur ses tréteaux, ou qu’il tirait ses pièces de manuscrits achetés à Prosper, bouffon de l’opérateur Braquette, ou bien à la veuve de Guillot-Gorju. Nous ne voulons voir dans tous ces propos que malveillance pure et jalousie enragée. […] Molière est un farceur, auteur de farces, singe dans son jeu, plagiaire dans ses pièces ? Les insinuations malignes enveloppées dans ces dires ne prendraient pas, si le public ne sentait, en effet, une ressemblance, une affinité entre le caractère de Molière et le caractère de la farce ; et ce rapport sensible est le fondement sur lequel ont pu se bâtir la diffamation et la calomnie. »02
En bon universitaire qui ne veut pas trop fâcher ses confrères, Brunetière a jugé indispensable d’ajouter la dernière phrase qui accrédite l’idée que les contemporains de Molière l’ont tous calomnié. Mais est-ce réellement le cas ? Est-ce de la « calomnie » ou plus simplement du ressentiment politique ? Diffame-t-on Molière ou l’accuse-t-on d’être le Bouffon du Roi, et donc le défenseur tout azimut de l’absolutisme royal ?
Toute la question est là. Molière est si peu apprécié du gotha d’alors que la Gazette, journal officiel de la Cour, si élogieuse pour Chapelain et Pierre Corneille (et tant d’écrivains de moindre renom), n’imprimera jamais son nom. Il s’agit donc bien ici du Bouffon du Roi, la part obscure de Sa Majesté, qu’il s’agit alors d’occulter le plus possible.
Les défenseurs du dogme de « Molière auteur de génie » n’ont jamais étudié la fonction de Bouffon du Roi qu’occupa Molière, ce qui les a conduits à un total contresens sur ce qu’il fut réellement. Ils se condamnent ainsi à toujours s’interroger, comme son dernier biographe Christophe Mory : « Pourquoi, depuis douze ans qu’il est revenu à Paris, faut-il toujours se battre et si méchamment ? […] Et pourquoi vient-on rire chez Molière pour le détruire quand le rideau est tombé ? »1. Nous voudrions, à l’exemple du célèbre historien des Lettres Ferdinand Brunetière, « inviter les moliéristes à s’enfermer moins étroitement dans l’histoire de Molière. Il ne leur serait pas mauvais de vérifier et de contrôler, par les faits de l’histoire générale, ce qu’ils découvrent ou croient découvrir de nouveau dans l’histoire même de Molière. »2.
Les moliéristes comptent pour rien tout ce que les contemporains de Molière ont pu dire sur le « bouffon plaisant »3, le « bouffon célèbre »4 (Le Boulanger de Chalussay), le « marmouset hideux »5 (Charles Jaulnay), le « Singe de la vie humaine »6, ce « diable de Molière »7 (Chevalier), ce « diable incarné »8 (le sieur de Rochemont), celui qui est « moins qu’un homme »9 (Donneau de Visé), le « bouffon du temps »10 (Montfleury fils), « le premier fou du Roy »11 (Le Boulanger de Chalussay) qu’on montre du doigt lorsqu’on l’aperçoit dans la rue :
Aucun n’est sans plaisir de vous voir bafoué.
L’un qui vous voit passer près de lui dans la rue,
Vous montre au doigt à l’autre, et cet autre vous hue.
(Elomire hypocondre, 1670, III, 2)
Les moliéristes ne veulent tellement pas, en ce qui concerne Molière, du terme « bouffon » qu’ils ne l’emploient jamais, alors qu’il lui convient parfaitement, comme l’atteste Furetière dans son Dictionnaire universel (1690) : « Un bouffon est un comédien, un farceur, qui divertit le public par ses plaisanteries pour attraper de l’argent. »12
Même lorsque Roger Duchêne se décide, à contrecœur, à prendre acte : « Pour beaucoup, il n’est qu’un "bouffon", un pitre sorti de sa condition. Il peut faire brièvement illusion dans son théâtre. Il faut vite le remettre à sa vraie place »13, il n’en tient pas compte et continue de parler de Molière comme s’il avait été pour le moins Pierre Corneille ou Vincent de Paul. Or, nous ne le répèterons jamais assez : pour les contemporains de Molière, surtout ceux qui ne sont pas officiellement les courtisans de Sa Majesté, Molière a été, au pire, Mascarille, c’est-à-dire un mystificateur qui se fait passer pour celui qu’il n’est pas, au mieux, comme l’écrit le gazetier Robinet, « le dieu du rire »14, « un étrange drôle » 15 ou « Momus » 16 le bouffon de Jupiter.
Ce consensus chez les sujets de Louis XIV, nié par la critique moderne, est révélateur de l’ « emploi » qu’occupe Molière auprès du Roi. C’est Molière lui-même qui dans son Premier placet au Roi (1664) utilise le terme « emploi » : « Sire, Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j’ai cru que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle […] ». Georges Couton commente : « Le mot emploi a toujours une coloration officielle et ne peut pas désigner, je crois, la simple vocation de comédien. C’est que Molière est déjà un personnage officiel »17.
Les vingt-six caractéristiques du Bouffon du Roi, tel que celui-ci se présente entre le XIIIe siècle et le début du XVIIe, se retrouvent toutes chez Molière. Aucun autre personnage du XVIIe siècle, encore moins un écrivain, ne présente toutes les caractéristiques du Bouffon du Roi, ni seulement cinq d’entre elles :
1- Le Bouffon du Roi est toujours issu du peuple.
2- Le Bouffon du Roi a un physique disgracieux.
• Molière a « le nez gros, la bouche grande, les lèvres épaisses, le teint brun, les sourcils noirs et forts » (Mlle Poisson, in le Mercure de France, mai 1740). Il a « une volubilité de langue, dont il n’était pas le maître » (Grimarest, Vie de M. de Molière, 1705). Il est « trapu », a des « jambes grêles », un « prognathisme accentué ». Et il est victime d’un hoquet perpétuel. « Molière n’était pas beau […] il faut même parler de laideur » en conclut l’éminent Antoine Adam, et d’ajouter : « les gravures de Brissart en 1682 prouvent qu’il était bas sur jambes, et que le cou très court, la tête trop forte et enfoncée dans les épaules lui donnaient une silhouette sans prestige. Les plaisanteries de Le Boulanger de Chalussay n’ont de sens que si Molière pouvait presque passer pour un bossu. »18.
• Selon les spécialistes de l’iconographie moliéresque, Molière est « petit », son « visage est lourd », il a « le teint mat », « le nez gros » et les « lèvres épaisses ». Il est « large de poitrail » et a « un cou de taureau ». Comme le souligne l’éminent Gustave Larroumet : « mieux fait et avec des traits plus fins, aurait-il pu réussir complètement dans la comédie et dans la farce ? »19
• Nous ne devons pas oublier que Molière dirige une troupe de farceurs : « Louis Béjart était borgne et boiteux ; Joseph Béjart était bègue. »20 (Georges Couton). Madeleine Béjart a une chevelure rousse ce qui, encore à l’époque, l’assimile quelque peu à une "sorcière" ; on va jusqu’à faire allusion, à son propos, à une certaine odeur. Elle sera appelée « Angélique » dans la satire Elomire hypocondre (1670), « et il y avait sans doute, dans le choix de ce nom, l’intention de ce qu’on appelle en rhétorique une antiphrase »21 (Louis Moland).
3- Le Bouffon du Roi amuse son maître grâce à des farces ou des ballets ; il aime monter sur scène et s’offrir en spectacle.
• Tous les grands Bouffons du Roi furent comédiens. Le plus célèbre d’entre eux, Triboulet, « n’est pas seulement interprète, comme le sera plus tard le grand Farceur qui se dénomme Molière, il est auteur, et plus abondant encore, puisque : "Fist quatre cens moralitez". »22 (Gustave Cohen).
• Gringoire tient le rôle de Jules II dans la sotie du Prince des Sots (1514). Guérin a un théâtre chez la reine Marguerite23. De même, « Molière semble pour Louis XIV avoir surtout été l’ordonnateur toujours prêt des grandes fêtes de Versailles. »24 (Eugène Despois). Comme ses prédécesseurs, dont le rôle fut d’amuser leur suzerain, Molière joue en avant-première devant le sien, notamment, L’Impromptu de Versailles où il se moque des Comédiens de la Troupe Royale, un prologue de son invention pour la pièce La Coquette et le Favori de Mlle Des Jardins dans lequel il singe les manières du duc de La Feuillade, met en scène L’Amour médecin, farce dans laquelle il ridiculise les quatre médecins de la famille Royale.
• Pour l’éminent Paul Mesnard, « dans les vers qu’au début de l’Amphitryon Molière, jouant le personnage de Sosie, récite lui-même, M. Bazin a fait remarquer une plainte touchante du pauvre serviteur maltraité, sacrifié, prêt cependant à redoubler de zèle. Il lui a semblé qu’il y avait là comme un regard jeté vers Louis XIV, presque un reproche, dont d’ailleurs la hardiesse était tempérée par la fiction qui l’enveloppait. L’interprétation est au moins ingénieuse et très séduisante. Nous reconnaissons volontiers que ces derniers vers surtout y prêtent singulièrement, et qu’on aime à imaginer Molière rendu à son théâtre par quelque "coup d’œil caressant" du maître, par quelque signe de faveur qui certainement n’avait pas manqué. »25
• « Pour le roi, il [Molière] est un fournisseur de spectacles qui sait transmettre ce qu’on lui ordonne. »26 (Christophe Mory).
• Molière « était le conseiller privé, le philosophe familier, l’ancien fou du roi, qui prend la couronne à son tour et la met sur sa tête pour débiter ces bouffonneries sérieuses, énigmes transparentes de la vérité et de la raison »27 écrit le célèbre Arsène Houssaye.
• Molière appartient tellement au Roi que celui-ci le « prête » au public. Les Parisiens ne peuvent l’applaudir que s’il a reçu momentanément congé de son Maître. Comme le remarquait Anaïs Bazin, « toutes ses pièces bouffonnes ont été faites pour la Cour, tandis que toutes ses comédies sérieuses ont été offertes d’abord au public, ce qui déplace entièrement le blâme et l’excuse. »28
4- Le Bouffon du Roi défend, favorise ou illustre la politique de son Maître et se fait l’intermédiaire entre celui-ci et le peuple.
• Avec Molière, Paris se moque autant des mœurs provinciales (Monsieur de Pourceaugnac, La Comtesse d’Escarbagnas…) que la province rit des Parisiens (Le Bourgeois Gentilhomme, Les Femmes savantes…).
• Les contemporains de Molière le perçoivent comme un bouffon et ne songent qu’à rire. Il est, comme le regrette Marcel Archard, « l’idole de la canaille »29. Sans doute les contemporains de Molière avaient-ils leurs raisons pour le définir ainsi. Comme l’écrit le professeur Alain Niderst, « les hommes qui assistèrent à la création des pièces de Molière en saisissaient mieux les nuances, en distinguaient mieux les intentions, que les plus savants exégètes de notre temps. » 30
• « Sous Henri IV, le fol ne sert plus tellement à divertir le souverain – encore que ce soit toujours là son attribution officielle – mais à le conseiller, à l’informer de ce qui se dit ou se passe dans la rue, et, inversement, à se faire l’interprète de la pensée royale auprès des couches populaires. En d’autres termes, sa mission devient de plus en plus politique. Signe caractéristique de cette évolution : il se met à écrire, ou plutôt on écrit sous son nom. Ce phénomène, dont il convient de souligner l’importance, avait déjà commencé avec Chicot [Bouffon d’Henri III], auquel on avait prêté quelques pamphlets… »31 (Maurice Lever).
• Comme Maître Guillaume qui défendait la politique d’Henri IV, Molière avec ses spectacles soutient la politique de Louis XIV. Molière reçut ainsi mission de s’en prendre :
- aux marquis qui faisaient perdre son temps au Roi (Les Fâcheux, L’Impromptu de Versailles) ;
- aux comédiens de la Troupe Royale qui ennuient le roi avec des tragédies aux vers « ronflants » (L’Impromptu de Versailles) ;
- aux Précieuses qui avaient la volonté de s’émanciper (Les Précieuses ridicules, La Comtesse d’Escarbagnas, Les Femmes savantes) ;
- aux intellectuels et aux érudits non pensionnés (donc indépendants) regroupés sous le titre bien commode de "pédants" (La Critique de l’Ecole des Femmes, Les Femmes savantes) ;
- aux dévots (L’Ecole des Maris dans son premier acte, Tartuffe, Dom Juan) ;
- aux opposants à l’usage du tabac que vient de préconiser l’état-major de Louis XIV (première scène de Dom Juan) ;
- aux maris égoïstes qui ne veulent pas prêter leur femme à leur Roi (La Princesse d’Elide, Amphitryon) ;
- à celles qui auraient la mauvaise pensée de douter de l’amour du Roi (Les Amants magnifiques) ;
- aux financiers et bailleurs de fonds qui, dans le procès du surintendant Fouquet, se sentent floués par la justice du Roi (Les Amants magnifiques) ;
- aux astrologues parce que le Roi ne croit pas à l’astrologie et que trop de devins encombrent les salons de Versailles (Les Amants magnifiques) ;
- aux médecins du Roi qui font de ce dernier, royauté oblige, le terrain d’expérience des théories médicales les plus avancées (L’Amour médecin) ;
- à tous ceux qui veulent accéder à la noblesse pour échapper à l’impôt (George Dandin, Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois gentilhomme) ;
- à ceux qui empêchent les capitaux de circuler en thésaurisant à l’excès (L’Avare) ;
- aux maîtres de danse et aux maîtres de musique qui se livrent à une lutte de privilèges qui n’arrange pas les affaires du Roi (Le Bourgeois gentilhomme) ;
- aux Turcs parce qu’il était de bon ton en France de se croire le centre de l’univers (Le Bourgeois gentilhomme) ;
- à la Reine Marie-Thérèse si délaissée par son époux (La Comtesse d’Escarbagnas) ;
- aux Hollandais avec lesquels Louis XIV est en bisbille (La Comtesse d’Escarbagnas).
• Pour l’historien Philippe Beaussant, « que Molière ait joué le rôle d’un porte-parole détourné, officieux, d’une pensée politique de Louis XIV semble aujourd’hui une évidence. […] Il faut noter l’incessante convergence de ce qui est dit dans chacune de ses comédies avec la pensée du roi sur le sujet traité : je crois bien qu’on ne trouverait pas une seule exception. »32. Et Charles Nodier de conclure : « Je comprendrais à merveille qu’une édition du plus parfait de tous les théâtres du monde fût mise à jour sous ce titre singulier : "Œuvres de Molière et de Louis XIV", car cela serait juste et vrai. »33
• Cette soumission permanente, qui est le propre de Bouffon du Roi, fut constatée par l’historien Henri Martin, notamment lorsque Molière s’attaqua aux écrivains non pensionnés : « Il y a aussi très évidemment, sur un autre point [que celui de son attaque envers le mouvement d’émancipation des femmes instruites], une influence fâcheuse qui pèse sur Molière. La pensée d’autrui perce à travers les paroles du poète, quand il reproche, en terme fort discourtois, aux gens de plume de se croire dans l’état d’importantes personnes, pour être imprimés et reliés en veau. Les gens de lettres sont immolés d’une façon étrange aux gens du monde, à la Cour.»34
• Augustin Cabanès écrit que « Molière fut l’homme du passé et tout le contraire d’un novateur. »35 Cette caractéristique est celle de tout Bouffon du Roi, lequel a toujours été, selon le spécialiste Maurice Lever, « le prototype du petit bourgeois épris d’ordre, défenseur des traditions saines et respectables, volontiers moralisateur malgré son esprit caustique, et nettement xénophobe. »36.
5- Le Bouffon du Roi a ses cibles favorites.
• Le célèbre Triboulet vilipendait la noblesse et le Haut Clergé ; Guillaume, bouffon d’Henri IV, s’en prenait aux laquais et aux prêtres ; Brusquet, sous Henri II, fustigeait magistrats et prélats. Tel bouffon se spécialisa contre les médecins que l’on appelait alors médicastres, tel autre stigmatisa les usuriers, les cocus, etc. Molière, lui, attaque les marquis, les médecins, les doctes (qui pour lui sont tous des pédants), les bourgeois qui veulent devenir nobles, les dévots, les intellectuelles et les Précieuses (féministes). A l’exception des Précieuses, qui sont de son temps, toutes ses autres bêtes noires sont celles de ses prédécesseurs.
• Pour Molière, les pédants (cf. Les Femmes savantes, IV, 3) sont les érudits non pensionnés, que l’on appellera au siècle suivant les philosophes. Pour l’aristocratie, Molière est le garde-fou des débordements de la « canaille » (mot d’époque), et leur protection contre les critiques que lui adressent les auteurs non pensionnés et les femmes instruites qui revendiquent leur émancipation. Comme tous les bouffons du Roi, Molière est très utile aux gens en place.
• Toujours les bouffons du Roi ont rabaissé ce qui est grand ou élevé (ou prétendu tel). Molière fut aussi accusé de tout tourner en ridicule : « Tous ceux qui sont ridicules dans ses copies, ne le sont pas dans les originaux : il nous les fait voir dans un faux jour, et se sert de couleurs qui nous font souvent voir des défauts où il n’y en a pas. »37 (Donneau de Visé).
• Dans L’Amour médecin Molière ridiculise les quatre médecins de la famille royale exactement comme le faisait son illustre prédécesseur Guillaume, Bouffon du Roi Henri IV : « Le Roi se donnait le plaisir de lui faire mettre en farce les ridicules de caractère, d’allure ou de langage des seigneurs qui se trouvaient là. Ainsi, rien ne le divertissait plus que de lui voir jouer les façons gasconnes du maréchal de Roquelaure. »38 (Edouard Fournier).
6- Le Bouffon du Roi reste toujours près de son Maître.
• De même Molière, dont la troupe, nous dit son premier biographe, Grimarest, « était de toutes les fêtes qui se faisaient partout où était Sa Majesté. » Et de souligner « l’attachement inviolable qu’il avait pour les plaisirs du Roi »39.
• Son crédit auprès de Louis XIV « surpasse celui des plus illustres et des plus dévoués serviteurs de la monarchie. […] Jamais personne, ni enfants, ni son frère [Philippe d’Orléans], n’ont obtenu l’honneur insigne de s’asseoir à sa table et de partager son repas »40 (Georges Lenôtre).
• « On peut remarquer que chaque fois que Molière est en difficulté, le roi l’aide : il lui donne une pension après L’Ecole des Femmes, parraine son fils après l’accusation d’un mariage incestueux, le place à table quand on le dédaigne au palais, le fait "comédien du roi" quand on censure Le Tartuffe. Qu’il apprenne que Molière n’est pas convié aux déjeuners des officiers de la chambre, il lui offre son "en-cas de nuit" et déjeune avec lui au moment où entrent les courtisans pour le premier lever. »41 (Christophe Mory).
• La célèbre scène de l’En-cas de nuit est typique des liens exclusifs qui attachent un bouffon à son roi : un matin, Louis XIV s’adresse à Molière : « On dit que vous faites maigre chère ici, Molière, et que les officiers de ma chambre ne vous trouvent pas fait pour manger avec eux. Vous avez peut-être faim ; moi-même je m’éveille avec un très bon appétit : mettez-vous à cette table et qu’on me serve mon en-cas de nuit. »42
• Le sieur Pierre Bardou écrit en 1694, à propos de Louis XIV : « Il n’a plus son Molière… »43. L’adjectif possessif "son" est significatif.
7- Le Bouffon du Roi appartient, depuis le règne de Philippe V, à la maison du Roi.
Brusquet, bouffon d’Henri IV, fut le premier à être Valet de chambre. Molière fut et resta toute sa carrière « Valet de Chambre et Tapissier du Roy ». Le fait que Molière, dès 1663, ait été pensionné en tant que « bel-esprit » corrobore qu’il est le Bouffon du Roi car ces derniers ont toujours eu, du moins depuis Charles-le-Sage, un titre officiel (souvent Valet de la Chambre du Roi) et une pension parfaitement renouvelée, signes constitutifs et essentiels de leur fonction honorifique.
8- Le Bouffon du Roi agace les proches de son Maître par son attitude irrévérencieuse.
• « Un autre jour, un autre grand seigneur l’ayant menacé de le faire périr sous le bâton pour avoir parlé de lui avec trop de hardiesse, Triboulet alla se plaindre à François 1er. "Ne crains rien, lui dit le Roi, si quelqu’un osait te faire subir un traitement pareil, je le ferais pendre un quart d’heure après. " »44 (A. Gazeau). De même, Molière se mit à dos les proches du Roi : « Rien ne leur paraissait plus effronté, rien plus criminel que l’entreprise de cet auteur ; et accoutumés à incommoder tout le monde, et à n’être jamais incommodés, ils portèrent de toutes parts leurs plaintes importunes pour faire réprimer l’insolence de Moliere »45 (Grimarest).
• M. de Montausier que ses contemporains croyaient reconnaître dans le personnage du Misanthrope « s’emporta jusqu’à protester qu’il ferait mourir l’auteur sous le bâton. »46 M. d’Armagnac, grand écuyer de France, en vient aux
mains avec lui. Le duc de la Feuillade, qui veut le faire assassiner, en est empêché par Louis XIV47.
• Pour Roger Duchêne, « on a aussi parlé d’un personnage important qui l’aurait menacé en lui faisant tourner son chapeau sur la tête pour le punir de l’avoir pris pour modèle. »48
• Dans sa pièce Zélinde, Donneau de Visé fait dire à son héroïne outragée par l’attitude de Molière : « Je n’avais pas cru jusque ici que ceux qui sont en toutes manières les plus braves à la Cour fussent si patients que de se souffrir appeler Turlupins, en plein théâtre, sans en témoigner le moindre ressentiment. » Et plus loin : « Quoi ! vous craignez d’attaquer un homme qui n’épargne pas le sexe ! et les auteurs, qu’Elomire [Molière] joue sous le nom de Lysidas, sont aussi lâches que les courtisans, qu’il joue sous le nom du Marquis Turlupin »49.
• Le sieur de Rochemont (pseudonyme) écrit : « Auguste fit mourir un bouffon qui avait fait raillerie de Jupiter, et défendit aux femmes d’assister à des comédies plus modestes que celles de Molière. Théodose condamna aux bêtes des farceurs qui tournaient en dérision nos cérémonies, et néanmoins cela n’approche point de l’emportement de Molière. »50
• Jusqu’à Georges Couton qui, à la lecture de Elomire hypocondre (1670), s’interroge : « Molière est représenté brutal, méprisant ; il rappelle avec dureté à ses compagnons ce qu’ils lui doivent ; c’est lui qui avait "le soin de la soupe/ Dont il fallait remplir vos ventres et le mien". Il retrace sa carrière pour demander avec arrogance : "Qui peut se plaindre ?". […] Y a-t-il eu réellement, dans la troupe de Molière, de telles rébellions ? Aucun autre texte ne l’atteste ; mais qui sait si certains des compagnons de Molière n’ont pas été effrayés de ses audaces et tentés de se désolidariser de lui. »51
9- Le Bouffon du Roi utilise à son avantage les confidences qu’il surprend autour de son Maître.
• Sous Louis XIII, L’Angely excelle à utiliser à son profit ce qu’il entend. De même, Molière profite de ses entrées dans la chambre royale : « Il était, grâce à elles, en excellente position pour deviner en quelque sorte les variations de l’atmosphère dans les hautes régions, pour prévoir les changements qui s’annonçaient […], pour observer enfin les mille indications à l’aide desquelles il sut gouverner sa barque à travers tant d’écueils. Ses œuvres capitales ont apparu, en effet, dans l’incident d’un jour ; impossibles avant, elles auraient été impossibles après. Il attrapait, comme dit Michelet, le présent de minute en minute, et devinait le lendemain. »52 (Louis Moland).
• Grimarest écrit : « Connaître Molière était un mérite que l’on cherchait à se donner avec empressement »53.
10- Grâce à sa position stratégique, le Bouffon du Roi gagne beaucoup d’argent.
• Sous Charles V, Thévenin fait fortune et nargue le monde en se baladant avec deux bourses dans les mains. Le Bouffon Valet de chambre Brusquet fait lui aussi fortune. « Il est vrai que si vous eussiez vu Brusquet et ouï parler, vous l’eussiez pris pour un bouffon ; mais en ses actions et affaires, vous l’eussiez pris pour un homme bien avisé. »54 (Guillaume Bouchet). Molière, grâce aux largesses de Sa Majesté, devient richissime, tout comme le bouffon spirituel L’Angely et le bouffon musicien Lully qui laissera « six cent trente mille livres tout en or ».
• D’après Dom Potignon de Montmégin, prieur du couvent des Bénédictines de Marcigny en 1789, le Grand Condé « paya deux mille pistoles [= 20.000 livres] à Molière »55 pour se moquer du Père De la Chaise confesseur du Roi. Fausse ou exagérée, l’anecdote est symptomatique.
• Donneau de Visé témoigne que des princes invitent Molière afin qu’il intègre dans ses spectacles les portraits ou propos qu’ils lui communiquent.
• En trois ou quatre années auprès de Louis XIV, Molière aura gagné plus que Corneille durant sa longue carrière.
11- Le Bouffon du Roi ne s’oppose jamais à son Maître.
• « Molière l’a proclamé dans L’Impromptu de Versailles : rien ne lui est plus important que de satisfaire les volontés du maître. »56 (Roger Duchêne).
• « Certains l’ont accusé de servilité et ont vu en lui un flagorneur de Louis XIV ou même (dans Amphitryon) un agent assez méprisable de peu honorables besognes » (Gustave Michaut)57.
• « J’avais déjà remarqué que, de tous les obligés de Fouquet, Molière était le seul qui n’eût pas pris sa défense : or, étant donné le grand cœur qui parut en toutes ses actions et éclate dans tous ses ouvrages, je ne m’expliquai pas ce silence ingrat. »58 s’étonne Louis-Auguste Ménard.
• Brossette, secrétaire de Boileau, raconte qu’un jour Molière exhorta Boileau à épargner dans ses satires Chapelain fort aimé de Colbert et du Roi lui-même59.
• L’éminent Gustave Larroumet écrit : « Molière pensait, à l’égard de Louis XIV, comme l’immense majorité de ses contemporains ; il le tenait pour le plus grand Roi du présent et du passé, l’incarnation de la grandeur française, et, l’approchant de près, il le trouvait noble avec bonne grâce, magnifique sans mauvais goût, majestueux avec aisance »60.
• Grimarest souligne chez Molière son « attachement inviolable pour la personne du Roi, il était toujours occupé de plaire à Sa Majesté. »61
• « L’auteur de Tartuffe ne plaide jamais la révolution : il défend au contraire toujours l’ordre. […] Molière joue, en quelque sorte, le rôle de journaliste officieux du gouvernement de Louis XIV. »62 (Francis Baumal).
• Pour Guy Spielmann, « si Molière se montre fidèle à l’esprit carnavalesque, c’est par la mise en scène d’une subversion factice parce qu’entièrement circonscrite dans un Ordre qu’elle est impuissante à remettre en cause. »63
• A propos de Tartuffe, Christophe Mory, biographe de Molière, écrit : « Louis XIV était-il informé de la pièce quand elle n’était encore qu’à l’état de projet ? Il semble impossible qu’il en fût autrement ; lui qui regarde chaque plan des jardins de Versailles, qui examine les architectures, qu’elles soient de pierre ou d’événements, il savait que Molière s’en prendrait aux faiseurs de morale. Et cela arrangerait ses affaires sentimentales. Son bouffon rabattrait le caquet des moralisateurs. »64
12- Le Bouffon du Roi n’est jamais unique et doit rivaliser avec des concurrents.
• Il existe sous Louis XIV ce que nous appelons un « bouffonnariat », constitué par L’Angely, Molière, Lully, Benserade. Chacun de ces bouffons a sa spécialité : L’Angely, les mots d’esprit ; Lully, la musique et la danse ; Benserade, la poésie. Notons que lorsque le Roi, en 1664, veut écrire des vers, il s’adresse à Saint-Aignan, au poète Benserade ou à l’écrivain Dangeau. Pas à Molière.
• Dès 1664 Molière doit rivaliser avec Benserade pour les ballets royaux. Grimarest écrit : « Molière était vif quand on l’attaquait. Benserade l’avait fait ; mais je n’ai pu savoir à quelle occasion. Celui-là résolut de se venger de celui-ci, quoiqu’il fût le bel esprit d’un grand seigneur, et honoré de sa protection. Molière s’avisa donc de faire des vers du goût de ceux de Benserade, à la louange du Roi, qui représentait Neptune dans une fête [Les Amants magnifiques, en 1670]. Il ne s’en déclara point l’auteur ; mais il eut la prudence de le dire à Sa Majesté. Toute la Cour trouva ces vers très beaux, et tout d’une voix les donna à Benserade, qui ne fit point de façon d’en recevoir les compliments, sans néanmoins se livrer trop imprudemment. Le grand seigneur [l’amiral de Brézé] qui le protégeait était ravi de le voir triompher ; et il en tirait vanité, comme s’il avait lui-même été l’auteur de ces vers. Mais quand Molière eut bien préparé sa vengeance, il déclara publiquement qu’il les avait faits. Benserade fut honteux ; et son protecteur se fâcha, et menaça même Molière d’avoir fait cette pièce à une personne qu’il honorait de son estime et de sa protection. »65
• Le Roi va forcer peu à peu Benserade à abdiquer sa position au profit de Molière. « La faveur de Molière croissait chaque jour. Benserade sentait avec chagrin qu’il ne suffisait plus au Roi ni à la Cour, et il voyait d’un œil jaloux les succès de son rival… »66 (Victor Fournel). Puis Sa Majesté congédie Benserade en 1670 et offre à son favori toute liberté.
• « Ce qui n’est pas douteux, c’est que Molière fut toujours, jusqu’à sa mort, l’inspirateur, sinon le directeur officiel, des fêtes de Cour, qui se succédèrent de loin en loin ; mais il en laissa l’honneur à Benserade, qui recevait ses conseils d’assez mauvaise grâce, et n’osait pas contrarier les intentions du Roi. »67 (Paul Lacroix).
• Vers 1671 Molière se fera voler la place de favori par le bouffon-musicien Lully qui, selon le gazetier Loret, avait le don de faire rire à tout instant Louis XIV, un don que Molière n’avait que sur scène.
13- Tous les Bouffons du Roi s’habillent de vert.
• Pour Edouard Fournier : « En adoptant le vert, Molière avait fait choix de la couleur des bouffons »68. Même conviction chez son biographe Jean Meyer : « Le vert, couleur des bouffons, est sa couleur et domine dans son appartement »69.
• Au Moyen Age, les deux couleurs des bouffons étaient le vert et le jaune. Molière les a, lui aussi, portées ensemble : « Dans ses Recherches sur Molière et sur sa famille, Eudore Soulié indique, p. 84, à l’aide de l’inventaire du mobilier de la maison mortuaire, dressé du 13 au 20 mars 1673, les couleurs qu’il affectionnait d’une manière spéciale, c’est-à-dire le vert et le jaune. Les tentures et draperies de sa chambre à coucher étaient de ces deux teintes. Elles dominaient également dans la plupart de ses habits de théâtre. Les rubans verts d’Alceste sont restés célèbres. C’est précisément vert et or que sont le champ et les meubles de son écu [blason].»70 (Benjamin Fillon).
• « Si nous jetons les yeux sur la longue énumération de ses costumes de théâtre, que nous trouvons toujours dans le même inventaire, nous ne pouvons plus douter que la couleur verte n’ait été la couleur favorite de Molière. Nous la retrouvons dans presque tous ses costumes. […] Si maintenant, nous pénétrons dans son intérieur, nous sommes encore plus convaincus de la vérité de nos observations. » 71 (Alfred Copin).
14- Le bouffon du Roi a des bizarreries de comportement et une logique paradoxale.
• Parmi plusieurs anecdotes, Grimarest raconte que le comédien Champmeslé vint rendre visite à Molière dans sa loge : « Comme ils en étaient aux compliments, Molière s’écria "Ah chien, ah bourreau !" et se frappait la tête comme un possédé : Champmeslé crut qu’il tombait de quelque mal, et il était fort embarrassé. Mais Molière, qui s’aperçut de son étonnement, lui dit : "Ne soyez pas surpris de mon emportement. Je viens d’entendre un acteur déclamer faussement et pitoyablement quatre vers de ma pièce, et je ne saurais voir maltraiter mes enfants de cette force-là, sans souffrir comme un damné. " » 72
• Grimarest écrit également : « une fenêtre ouverte ou fermée un moment devant ou après le temps qu’il l’avait ordonné mettait Molière en convulsion » 73
• « Dans le pamphlet d’Elomire hypocondre, qui contient une bonne part de réalité, sont notés cette instabilité d’humeur, ces accès de violence intermittente. »74 (Augustin Cabanès)
• « Il s’emportait pour une vétille, lui, l’homme bon, l’homme aimable et pitoyable ; il était pris de soudaines et rageuses impatiences ; un rien l’exaspérait. »75 (Louis Loiseleur).
• Comme exemple de logique paradoxale, Grimarest raconte qu’un jeune homme tenté par l’aventure théâtrale chercha conseil auprès de Molière qui lui demande la profession de son père – Avocat. « Eh bien, je vous conseille de prendre sa profession ; la nôtre ne vous convient point ; c’est la dernière ressource de ceux qui ne sauraient mieux faire, ou des Libertins qui veulent se soustraire au travail. »76.
• Autre trait pathologique : « Si on lui avait dérangé un livre, c’en était assez pour qu’il ne travaillât de quinze jours »77 (Grimarest).
• Trois autres anecdotes relèvent de l’esprit bouffon :
- il aurait dit un jour à Louis XIV, à propos du médecin Mauvillain : « Nous causons ensemble ; il m’ordonne des remèdes, je ne les fais point, et je guéris. »
- sa remarque selon laquelle "le mépris était une pilule qu’on pouvait bien avaler ; mais qu’on ne pouvait guère la mâcher, sans faire la grimace. »
- « Un jour qu’il était pressé par l’heure du spectacle, il prit une brouette pour se rendre promptement à la comédie ; mais cette voiture n’allait pas assez vite à son gré. Que fait-il ? il en sort, et se met à la pousser par derrière. Il ne s’aperçut pas de son étourderie, que par les rires inextinguibles du brouetteur, et parce qu’il se vit tout crotté en arrivant. »
• Le moliériste François Rey constate : « Il m’est pénible de lire ces préfaces, placets et autres avis au lecteur, dans lesquels pas une fois ce modèle de toute une profession n’écrit les mots "nous", "troupe", "comédiens". Il évoque ses amis, ses protecteurs, ses adversaires, jamais ses camarades. […] Que cet homme toujours dépeint comme généreux n’ait jamais fait imprimer ne fût-ce qu’un mot de gratitude à l’égard de ses camarades, a tout de même de quoi troubler.»78
15- Le Bouffon du Roi a un goût prononcé pour les habits, surtout pour les chaussures.
• Hainselin Coq, sous Charles VI, acquit « quarante-sept paires de souliers pour la seule année 1404. Il est vrai que vers la même époque le bouffon d’Isabeau de Bavière, Guillaume Fouel, usait en six mois cent trois paires. »79 (A. Gazeau).
• « Molière avait pu se monter une riche garde-robe. Toujours il se piqua d’avoir de superbes costumes. »80 (Anatole Loquin).
• Molière a son tailleur particulier. L’inventaire après décès mentionne deux cent quarante-huit chemises et « trois douzaines de chaussures ».
16- Le Bouffon du Roi boit et mange plus que de raison, sa sexualité est débridée, et ses compagnons lui ressemblent.
• Grimarest écrit : « Il n’aimait point le jeu ; mais il avait assez de penchant pour le sexe »81. On prête à Molière des aventures galantes avec plusieurs comédiennes. Selon l’Anonimiana (1700) il se serait amouraché de Catherine Mignard, fille du peintre. Selon Tallemant de Réaux, il aurait été « en galanterie » avec Mlle Des Jardins. Molière vécut sous le même toit avec sa jeune femme Armande et sa maîtresse confidente Catherine de Brie (mariée elle aussi).
• Devant sa Majesté, Molière fut accusé d’inceste avec sa jeune épouse Armande, fille de Madeleine Béjart. Louis XIV n’exigea aucune explication de son Bouffon et l’affaire en resta là. Mais la rumeur ne cessa jamais.
• « Il est exact que Molière, Chapelle, Fauvelet du Toc étaient liés, compagnons de plaisir. On les voit dans une "débauche" avec Des Barreaux, l’abbé du Broussin, "le petit monsieur de la Mothe" » 82 (Georges Couton).
• Pour ses contemporains, Molière était le « Cocu ». Ce rôle a toujours été incarné par le Prince des Sots, selon l’équation alors parfaitement établie : sot = cocu. En interprétant Sganarelle, Molière assume, comme avant lui Engoulevent, la fonction la plus emblématique du Prince des Sots qui fut très souvent le Bouffon du Roi. Sganarelle ou le Cocu imaginaire a été le spectacle moliéresque préféré de Louis XIV.
• Le compagnon de Molière, Claude Chapelle, est un libertin célèbre pour son ivresse permanente et son penchant pour les hommes. « En 1663, Chapelle fera partie avec Molière d’un groupe de neuf amis où ne figurent que des libertins notoires, presque tous homosexuels. On y trouve notamment Des Barreaux, "la veuve de Théophile", jadis débauché et déniaisé par lui, qui se plaît à faire le plus de scandale possible en étalant son impiété. »83 (Roger Duchêne).
• Le jeune Boileau, ami et collaborateur occasionnel de Molière, était un libertin satiriste connu pour se fâcher avec tout le monde. Son contemporain l’écrivain Chapelain écrit : « Vous faites ouverte profession de parasite, de farceur, d’impie, de blasphémateur dans les lieux où l’on s’enivre et dans les maisons de débauches. Je ne dis rien en ceci que votre genre de vie ne confirme et que vos écrits ne fassent aisément juger… »84 Pour l’historien Antoine Adam, « un curieux sonnet décrit la rouge trogne de Despréaux, ses yeux empourprés comme ceux d’un ivrogne, et plaisante sur le nom d’un poète qui s’appelle Boileau et qui ne sait ce que c’est que de boire de l’eau »85.
• Lully, ami et collaborateur de Molière, « réussissait admirablement dans les contes obscènes : hors de là, il n’avait point de conversations. Molière le regardait comme un excellent pantomime, et lui disait souvent : Lully, fais-nous rire. »86 (Guillaume-Thomas Raynal). On décrit Lully comme un homme aux «mœurs relâchées et à l’intempérance incorrigible » (Nuitter et Thoinan), « avide, sans conscience, capable de toutes les friponneries »87 (Gustave Larroumet). Pour Henri Malo, « Lully fut l’homme des procès et des scandales : on glosa sur son penchant pour les jeunes garçons ; rien, d’ailleurs, n’entama la faveur dont il jouissait auprès du Roi, qui en avait besoin pour ses fêtes. »88 Pour son biographe Philippe Beaussant, « la débauche chez lui n’est pas sensuelle, elle est arrogante. »89
• La rumeur accuse Molière de pédérastie avec Baron (13 ans) : « Au XVIIe siècle, pour quelqu’un que son rang dans la société ne protégeait pas, c’était un crime passible du feu. Molière était-il prêt à prendre un tel risque, si incapable de réprimer ses instincts ? Ses ennemis lui prêtent un mariage incestueux. Le voilà sodomite avec un mineur ! » 90 (Roger Duchêne).
• « Tout le monde sait que la naissance de la Molière [Armande] est obscène et indigne, que sa mère est très incertaine, que son père n’est que trop certain, qu’elle est fille de son mari, femme de son père, que son mariage a été incestueux, que ce grand sacrement n’a été pour elle qu’un horrible sacrilège, que sa vie et sa conduite ont toujours été plus honteuses que sa naissance, plus criminelles que son mariage. […] En un mot, cette orpheline de son mari, cette veuve de son père et cette femme de tous les autres hommes n’a jamais voulu résister qu’à un seul homme qui était son père et son mari, et qu’enfin qui dit la Molière dit la plus infâme de toutes les infâmes.» (Requête d’Henry Guichard… où l’on va établir l’innocence et la justification du Suppliant, 1676).
• Des rapports de police décrivent Armande, l’épouse de Molière, comme une femme mariée entretenue par divers hommes. Des épigrammes ne manquent pas de souligner qu’elle trompait son époux. A la mort du Comédien, Bussy-Rabutin écrira au comte de Limoges : « Je crois que personne n’en sera moins affligé que sa femme. »
• Molière avait un laquais surnommé Provençal, « comédien de province et, par surcroît, gargotier-tripotier, homme d’intrigues, croupier de bassette et quelque peu chevalier d’industrie. »91 (Georges Monval).
• Baron, le très jeune disciple de Molière, devient l’amant de la jeune femme de ce dernier. « Il n’était pas d’un caractère à reculer devant l’idée du déshonneur infligé à son bienfaiteur. »92 (Jules Loiseleur). Devenu adulte et comédien célèbre, Baron sera classé par l’historien du théâtre Jean-Nicolas de Tralage parmi les « principaux débauchés »93.
17- Les rois sont les parrains du premier-né de leurs bouffons.
En 1614 Louis XIII avait été le parrain de l’enfant de l’Arlequin Martinelli. En 1644 la Reine mère avait été la marraine du fils du farceur italien Scaramouche. Le 28 février 1664 Louis XIV est le parrain du premier fils de Molière (l’enfant décèdera un mois plus tard). Il sera aussi le parrain du fils de Domenico Biancolelli, dit Arlequin. En 1677, il deviendra celui du fils du musicien Lully, nouveau, et désormais unique, Bouffon du Roi.
18- Bénéficiant d’un statut sacro-saint, tout est permis au Bouffon du Roi que sa fonction place en dehors de la morale ; c’est un « mécréant », autrement dit un incroyant.
• « Si le terme de sacralisation est excessif, de son vivant, Molière est déjà bien défendu. Il était déjà à part. »94 (Gérard Moret).
• Comme nous venons de le dire, bien qu’on l’ait accusé d’avoir épousé sa fille, Molière n’essaie pas de se disculper. A-t-il eu une morale ? « On peut se demander s’il en a une, et si ce n’est pas nous qui la lui prêtons » écrit Gustave Lanson, lequel conclut : « la morale de Molière ne peut être que pratique. »95
• « La force des usages défie autant chez lui la justice que la force des désirs défie la bienséance. C’est dans ce sens qu’il est amoral. »96 (Paul Bénichou).
• « On s’est obstiné à nier la mécréance du poète, mais les faits parlent d’eux-mêmes. Pour ce vieux renard de Guy Patin, Molière n’était guère "chargé d’articles de foi". Et tous les dévots, qui s’y entendaient, étaient de cet avis – Bossuet, Bourdaloue, Baillet, Hardouin de Péréfixe, le "sieur de Rochemont", le curé Roullé et le Prince de Conti après sa conversion – pour ne pas oublier la Compagnie du Saint-Sacrement. »97 (John Cairncross).
19- Le Bouffon du Roi suscite autant l’enthousiasme du peuple que la haine de l’élite qui se sent lésée par l’injustice du Roi en faveur de son protégé.
• Pour l’aristocratie, Molière est le « Héros des Farceurs, qui par intérêt, tâche de détruire les bons auteurs dans l’esprit de Sa Majesté »98 témoigne l’académicien Valentin Conrart.
• Les artistes luttent contre Molière : « On le chansonna, on le persifla, on le bafoua, on le mit sur le théâtre et là on le traita cruellement. »99 (Aimé Vingtrinier).
• « Molière était certainement en bons rapports avec la plupart des poètes contemporains, et cependant ceux-ci ne le nomment pas même dans leurs poésies imprimées. Etait-ce jalousie ou antipathie ? C’est ce qu’il est impossible de bien apprécier. Toujours est-il que dans les nombreux recueils de vers publiés du vivant de Molière ou peu de temps après sa mort, on ne trouve peut-être pas trois pièces élogieuses qui lui soient adressées.»100 (Paul Lacroix).
• Grâce à son Maître, il fait interdire les ouvrages qui lui disent son fait, notamment, en 1664, celui de Pierre Roullé, docteur en Sorbonne, et, en 1670, celui de l’écrivain Boulanger de Chalussay.
• Conséquence de sa fonction de Bouffon du Roi, qui fait de lui un être à part, aucun écrivain n’a dédié une œuvre à Molière de son vivant101. Nous ne comptons bien évidemment pas la satire médisante que le jeune Boileau, alors pilier de taverne, lui a adressée et dans laquelle il persifle sa « fertile veine »102 (cf. caractéristique 21).
• Les libraires se rebellent contre Molière lorsqu’il les prive de leur privilège d’édition. « Il ressort deux points qui nous semblent dominer le débat : le premier, c’est la preuve de la faveur exceptionnelle, inusitée, mais excessive dans sa forme, accordée par le Roi à l’auteur de tant de chefs-d’œuvre composés "pour son divertissement" et pour la gloire de notre littérature ; le second, c’est la preuve du soin jaloux avec lequel la Communauté des Libraires savait défendre les droits de ses membres et résister, si besoin, à la toute-puissance même d’un Louis XIV, quand il se laissait aller jusqu’à l’arbitraire. »103 (Charles-Louis Livet).
• Mousquetaires et officiers du Roi manifestent contre l’obligation que leur impose Molière de payer à l’entrée de son théâtre. Seul contre tous, Molière obtient gain de cause.
• Le moliériste Antoine Bret constatait en 1773 que la branche parisienne des Poquelin ne fait pas figurer Molière dans l’arbre généalogique de la famille104.
• Le peuple, qui a toujours eu une prédilection pour les Bouffons du Roi (personnages sacro-saints), collectionnera dès le XVIIIe siècle des reliques attribuées à Molière : molaires, mâchoire. Ces reliques seront exposées ou portées en pendentif.
20- Le Bouffon du Roi est le moteur du carnaval et de la fête des fous, du jour des Innocents, du jour des rois, du Mardi gras, de la mi-carême, du premier jour d’avril, du premier jour de mai, de la Noël, etc.
• Molière règle toutes les festivités de la Cour : théâtre, carnaval, charivaris, mascarades, parades, ballets et soirées. La devise de Guillaume, Bouffon d’Henri IV, aurait pu être la sienne : « Tout est caresme-prenant » (tout est plaisir)105.
• Le Bouffon du Roi se doit aussi d’honorer de sa présence les spectacles comiques, surtout si l’on parle de lui. De même Molière, comme en témoignent les auteurs de son temps : « Chevalier confirme un trait que Villiers [et/ou Donneau de Visé] avait avancé dans la comédie de La Vengeance des Marquis : Molière assistait en plein théâtre aux représentations des pièces, dans lesquelles il était traduit devant le parterre et tourné en ridicule. »106 (P. L. Jacob).
21- Il n’entre pas dans les attributions du Bouffon du Roi d’écrire lui-même. En revanche, sont publiées sous son nom quantités d’ouvrages de factures diverses.
• « Maître Guillaume survécut à Henri IV et garda son office sous le règne de Louis XIII. On peut croire qu’il avait conquis une certaine popularité, car son nom se retrouve dans le titre d’une quantité de publications qui n’étaient pour la plupart que des libelles inspirés par l’humeur frondeuse du temps contre les favoris et les grands seigneurs. […] On a recueilli jusqu’à soixante-douze pièces de ce genre parmi les écrits du temps. »107 (A. Gazeau)
• Au début du XVIIe siècle, le nom de Guillaume servit « de pseudonyme pour un nombre assez considérable de libelles, la plupart en style burlesque. Grâce à ces écrits, le bouffon royal devint, en France, aussi populaire que Pasquin pouvait l’être à Rome »108 (Alfred Canel).
• On publia aussi les Œuvres de Triboulet, Bouffon du Roi, et celles du bouffon public Bruscambille. On en fit tout autant avec le célèbre duo Tabarin et Montdor : « On sait que le Recueil général, successivement augmenté, et l’Inventaire universel, suivi du Gratelard, forment ce qu’on appelle les Œuvres et fantaisies de Tabarin. Elles ne contiennent pourtant pas une seule ligne qu’aient écrite Tabarin et Montdor. »109 (Gustave Aventin).
• En ce qui concerne Tabarin, modèle de Molière dans Les Fourberies de Scapin : « A partir de cette époque [1622], il n’est bruit que de Tabarin. C’est à Tabarin
que l’on attribue la paternité de toutes les brochures qu’engendre le caprice du jour : on lui vole sa signature pour escroquer le succès. »110 (Georges d’Harmonville). De même pour Molière : « Ces messieurs lui donnent souvent à dîner, pour avoir le temps de l’instruire en dînant de tout ce qu’ils veulent lui faire mettre dans ses pièces ; mais comme ceux qui croient avoir du mérite ne manquent jamais de vanité, il rend tous les repas qu’il reçoit, son esprit le faisant aller de pair avec beaucoup de gens qui sont beaucoup au-dessus de lui. »111 (Donneau de Visé).
• Donneau de Visé, qui fut le collaborateur de Molière, témoigne dans sa pièce La Vengeance des marquis que « plusieurs de ses amis ont fait des scènes aux Fâcheux. » (sc. 3), que « le Parnasse s’assemble lorsqu’il veut faire quelque chose. » (idem) ; le personnage Ariste, s’adressant à la noble Clarice, lui confie qu’« entre les personnes qui lui prêtent leur esprit, il y en a qui sont obligées d’être aussi scrupuleux que vous. » (sc. 4).
• Dans sa Satire II à « Monsieur de Molière », satire qui circula sous le manteau, Boileau raille « la fertile veine » de ce « rare et fameux esprit » qui en 1663 n’a rien fait de remarquable sinon d’être le Bouffon du Roi 112 :
Rare et fameux Esprit, dont la fertile veine
Ignore en écrivant le travail et la peine ; […]
Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.
[…] On dirait, quand tu veux, qu’elle te vient chercher.
Jamais au bout du vers on ne te voit broncher ;
Et sans qu’un long détour t’arrête ou t’embarrasse,
A peine as-tu parlé, qu’elle-même s’y place. […]
Nous savons grâce au commentaire de Boileau et de Le Verrier que Boileau lorsqu’il parlait de la « fertile veine » de Molière ironisait : « L’auteur donne ici à son ami une facilité de tourner un vers et de rimer, que son ami n’avait pas, mais il est question de le louer et de lui faire plaisir »113.
• En 1686 Adrien Baillet écrit : « Au reste, quelque capable que fut Molière, on prétend qu’il ne savait pas même son théâtre tout entier, et qu’il n’y a que l’amour du peuple qui ait pu le faire absoudre d’une infinité de fautes. »114
• Molière lui-même témoigne dans la préface de L’Ecole des Femmes qu’on lui apporte des pièces pour qu’il les joue (donc qu’il les signe).
• Enfin, rappelons que nous ne possédons de Molière aucun manuscrit, aucun brouillon, aucune correspondance, aucune annotation, aucune dédicace, aucune lettre citée ou éditée par un tiers.
22- Le Bouffon du Roi se désintéresse de ce qui est publié sous son nom.
De même Molière : « les éditions de ses pièces faites de son vivant […] prouvent l’indifférence du grand poète pour la fidèle transmission de ses écrits, c’est-à-dire de la partie de son art et de sa gloire qui, à la fois, était le plus généralement accessible à ses contemporains et la seule durable pour la postérité. »115 (Eugène Despois).
23- Le Bouffon du Roi vit « simultanément une double existence, l’une bien réelle, l’autre légendaire »116 (Maurice Lever).
• « La situation personnelle de Molière auprès du Roi est devenue l’objet d’une légende composée de petits faits, ou insignifiants, ou évidemment faux, qu’on a transformés en gros événements. »117 (Eugène Despois).
• La vie et la carrière des Bouffons du Roi ont toujours suscité chez les contemporains un grand nombre d’anecdotes. L’étonnante prolifération de faits contradictoires ou curieux concernant Molière ne se rencontre chez aucun autre personnage de son temps, à l’exception, bien sûr, de Louis XIV, et nous y voyons là un lien de cause à effet puisqu’un rapport très étroit a toujours uni le Bouffon à son Maître. Toutes ces anecdotes, que Gustave Michaut a réfutées une à une dans trois volumes, prouvent d’abondance que Molière, grâce à sa fonction de Bouffon du Roi, a été dans l’imaginaire social d’alors une figure emblématique, un personnage relevant du folklore français.
• Exemples d’anecdotes :
- « On a prétendu [le P. Nicéron, Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres, T. XVI] que notre grand poète comique avait jugé utile, avant de donner l’Amphitryon, de jeter au feu près de quatre cents exemplaires des Sosies [de Rotrou]. C’est un conte ridicule. »118 (Victor Fournel)
- Molière et « le lutin de Corneille », anecdote que nous devons à l’abbé d’Olivet 119 et dont Voltaire, grand dénigreur de Corneille, s’est fait l’écho en la résumant ainsi dans ses Remarques sur Sertorius : « Molière disait de Corneille qu’il y avait un lutin, qui tantôt lui faisait ses vers admirables et tantôt le laissait travailler lui-même. » Mais est-ce bien Molière qui parlait de Corneille, ou l’inverse ?
- Un des domestiques de Molière fit d’un manuscrit des papillotes pour la perruque de son maître qui « dans la colère, jeta sur le champ le reste au feu. » 120 (Grimarest).
- « sa mort, dont on a parlé diversement » (La Grange, 1682).
- la rocambolesque histoire racontée par Victorien Sardou : vers 1820, un paysan de Feucherolles arrive devant l’ex-Bibliothèque impériale avec une charrette pleine de manuscrits de Molière. Le concierge lui dit que c’est jour de fermeture et qu’il lui faudra repasser demain. L’homme à la charrette n’est jamais revenu121.
24- On attribue au Bouffon du Roi des mots d’esprit ou des anecdotes qui appartiennent à d’autres.
• De même pour Molière : « Il y a peu de personnes de son temps qui, pour se faire honneur d’avoir figuré avec lui, n’inventent des aventures qu’ils prétendent avoir eues ensemble »122 écrit son premier biographe Grimarest.
• L’habitude qu’aurait eue Molière de lire ses œuvres à sa servante se trouve déjà dans la Vie de Malherbe et dans celle de L’Estoile123.
• Le mot à propos de Lamoignon (« Messieurs, nous comptions avoir l’honneur de vous donner la seconde représentation du Tartuffe, mais Monsieur le Président ne veut pas qu’on le joue ») a été tiré d’Anas espagnols qui attribuent ce mot à Lope (aussi à Calderon).
• Le dialogue que rapporte Grimarest entre Molière et un jeune homme qui veut se faire comédien est attribué également au comédien Roselis (1648-1718)124.
• La légende de la mort de Molière sur scène vient en grande partie du fait que le Bouffon Triboulet, second du nom et qui vécut au XVe siècle, « mourut en jouant, mais c’était pour avoir trop bu »125 (Maurice Cohen).
25- Le Bouffon du Roi devient un "personnage", notamment de pièces de théâtre.
• On adresse au Bouffon du Roi des satires, par exemple celle du poète Régnier à Guillaume. Boileau en fera une (célébrissime) de Molière. On fabrique des estampes du Bouffon du Roi ; Molière a la sienne en Sganarelle le Cocu, dans son habit vert et jaune.
• Le célèbre Triboulet se retrouve dans Le Roi des Sots. Joan figure dans la Comédie de Seigne Peyre et Seigne Joan (1580). Sous Henri II, François II et Charles IX le bouffon Thoni apparaît dans plusieurs pièces. De même Molière se retrouvera dans L’Enfer burlesque (anonyme, 1677), Molière comédien aux Champs-Elysées (L. Bordelon, 1694), etc.
26- A la mort du Bouffon du Roi c’est une explosion de libelles injurieux ou courtisans.
• Pullulent les épitaphes louangeuses (par exemple Clément Marot pour Triboulet ; Ronsard pour Thonin), les hommages (celui de Brantôme pour Brusquet) ou les voyages théâtraux dans l’au-delà : La Rencontre de Turlupin en l’autre monde avec Gaultier-Garguille et le Gros-Guillaume ; L’Entrée de Gaultier-Garguille en l’autre monde (1635) ; La Descente de Tabarin aux enfers… Le Bouffon du Roi Lully aura aussi droit à une Lettre de Clément Marot sur l’arrivée de Lully aux Champs-Elysées (1688).
• A la mort de Molière seront publiées plus de cent seize épitaphes et libelles accusateurs ou louangeurs : Sur la mort imaginaire et véritable de Molière (1673, Dassoucy) ; L’Ombre de Molière (1673, Brécourt) ; La Descente de l’âme de Molière dans les Champs-Elysées (1674, Dorimond ?), etc.
En résumé, et pour le dire autrement, bien qu’il n’ait pas officiellement été nommé Bouffon du Roi, expression que n’eût pas acceptée le Grand Siècle, Molière en eut :
• La spécificité physique : le religieux Charles Jaulnay le décrit comme un « marmouset », terme qui signifie selon Furetière « un homme mal bâti »,
comme l’ont toujours été les amuseurs de Cour. Et de même qu’au Moyen Age l’on montrait du doigt les vilains bouffons, Le Boulanger de Chalussay s’adressant à Molière atteste : « L’un qui vous voit passer près de lui dans la rue,/ Vous montre au doigt à l’autre, et cet autre vous hue. »126 ;
• La spécificité psychologique : référence intellectuelle et artistique de la Cour, l’écrivain Jean Chapelain, ne parlant pas des rôles joués par le comédien, mais de l’homme, reproche à Molière « sa scurrilité », autrement dit sa « basse bouffonnerie » (dictionnaire Le Robert) ;
• La spécificité politique :
- L’ « emploi » : Molière le dit lui-même : « dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle » ; or, au XVIIe siècle le mot « emploi » a toujours une connotation officielle, et comme Molière dans son Premier placet s’adresse au Roi le mot « emploi » vaut ici pour « fonction », le reste de la phrase nous indiquant assez qu’il ne peut s’agir que de l’emploi de bouffon du roi ;
- Les privilèges : Molière fut le seul à avoir pour dédicataires de ses pièces les cinq plus grands noms du royaume : Monsieur, frère du Roi ; Louis XIV ; Madame ; Anne d’Autriche ; le prince de Condé.
- Le « bonheur » : ainsi qu’en témoigne l’auteur anonyme de La Lettre satirique sur le Tartuffe (1669) :
[…] Molière à son bonheur doit tous ses avantages,
C’est son bonheur qui fait le prix de ses ouvrages. […]
Dans ce contexte, le mot « bonheur » est la figure de style typique du XVIIe siècle pour désigner Louis XIV.
• La spécificité sociologique :
« Il faut être bon jusqu’à l’excès pour s’imaginer qu’il ait travaillé pour la discipline de l’Eglise et la réforme de nos mœurs » écrit le savant Adrien Baillet en 1686 127. Jugement confirmé par l’académicien Bernard de La Monnoye en 1722 128.
- La mort de Molière suscita tellement d’épitaphes, souvent insultantes, qu’on les publia en recueils :
Ci-gît Molière le Folâtre
Dont tout Paris fut idolâtre […]
Ci-gît ce rare Pantomime
Qui, sous divers habits, jouant tous les humains
S’acquit des uns, la haine, et des autres l’estime,
Et du jaune métal, gagnait à pleines mains.
- Une épitaphe décrit comment le Comédien s’était hissé jusqu’à la fonction de Bouffon du Roi :
Ci-gît qui toujours se moquait,
Qui pour plaire aux grands se piquait
D’une impiété sans seconde ;
Nul ne fut épargné par lui ;
Le Bouffon sait bien aujourd’hui
Si l’on raille en l’autre monde.
Alors qu’aucune autre personne du XVIIe siècle ne réunit seulement trois des vingt-six caractéristiques propres aux Bouffons du Roi, Molière les a toutes. Et nous savons combien il en a profité. Et c’est sans doute parce qu’il assuma parfaitement ses fonctions de farceur public et de Bouffon du Roi que Molière prit pour armes parlantes le singe et le masque, qui sont celles des comédiens, et pour blason « de sinople [vert] à trois miroirs de Vérité, embordurés d’or », les deux couleurs des bouffons.
Enfin, sur la question essentielle de l’identité historique de Molière, il est préférable d’écouter, plutôt que ses thuriféraires modernes, Molière lui-même. Lui qui n’a joué que des personnages ridicules en accentuant leur côté grotesque, a dans le rôle de Moron, dont le nom même signifie bouffon, définit exactement sa fonction :
L’office de bouffon a des prérogatives ;
Mais souvent on rabat nos libres tentatives. »
(La Princesse d’Elide, v. 237-238)
On ne peut être plus clair.
Lorsque Alfred Canel résume la vie du Bouffon du Roi, nous reconnaissons celle de Molière : « Si ce métier avait ses humiliations et ses dangers, il avait aussi ses prérogatives, ses avantages, son ambition et son éclat. La condition des fous en titre d’office était de faire rire à tout prix. Ils jouissaient donc de la plus grande liberté de tout faire et de tout dire ; c’était à eux d’en user avec l’esprit qu’ils devaient toujours mettre dans leurs sottises, dont le succès couvrait la turpitude. Hors de la loi commune en matière de discrétion et d’étiquette, ils pouvaient hasarder des réflexions d’une haute sagesse, qui n’eussent pas moins paru insolentes dans toute autre bouche ; et, à cet égard, la vie était pour eux une saturnale perpétuelle. »129
Si nous tenons compte de tous les indices rassemblés, et de tant autres que nous pourrions ajouter130, il est raisonnable d’inscrire Molière dans la liste des derniers grands bouffons du Roi :
- sous Henri IV (qui régna de 1589 à 1610) : Chicot, Mathurine et Maître Guillaume ;
- sous Louis XIII (qui régna de 1610 à 1643) : Maître Guillaume, Engoulvent, Marais et Doucet ;
- sous Louis XIV (qui régna de 1643 à 1715) : L’Angely le fol spirituel, Molière le Farceur, Lully le bouffon-musicien.
Avec Louis XIII mourut Engoulvent, le dernier Prince des Sots devenu Bouffon du Roi. Avec Louis XIV mourra Molière, le dernier farceur public devenu Bouffon du Roi.
En instrumentalisant Molière, Louis XIV n’a fait que continuer l’ancestrale tradition. Le Prince des Sots Gringoire, acteur et "auteur", fut « soutenu secrètement par Louis XII » avec lequel il combattit la puissance de l’Eglise car la tolérance de Louis XII « avait un but secret, celui de se servir du théâtre comme moyen d’action sur l’esprit du public. »131 (Adolphe Fabre). Exactement ce que fit, le moment venu, le Roi-Soleil lorsqu’il décida en 1661 de gouverner seul. Notons qu’il prend Molière pour Bouffon sitôt qu’il accapare le pouvoir (pour un roi aussi traditionaliste que Louis XIV, avoir son bouffon attitré était un signe extérieur de royauté). Et que Molière soit associé au grand Corneille lui confirma l’excellence de son choix132. Car le plus glorieux roi du monde, qui exigeait pour son plaisir l’association des meilleurs artistes, était en droit d’avoir à son service et le « premier Farceur de France » (Somaize, 1660) et le « premier poète du monde pour le théâtre » (Costar, 1662).
Ce qu’écrit l’historien Adolphe Fabre de Gringoire concerne aussi Molière : « Il est manifeste que le poète ne faisait pas de la politique bourgeoise à ses périls et risques, et qu’il était un instrument dans les mains de son prince et pour servir ses desseins ; à d’autres époques il eût payé de sa liberté, de sa vie même, ses théories politiques et religieuses. »133
Le Bouffon du Roi Engoulvent fut Valet de chambre de Louis XIII, mais, comme Molière, pas « en titre d’office ». La conclusion de l’historien Adolphe Fabre sur les agissements d’Engoulvent vaut pour Molière : il a été l’un des « agents de l’Etat »134.
Molière, dernier des grands Bouffons du Roi, est défini par Roger Duchêne comme « la première "idole" moderne »135. L’on voit, par cet exemple, le parti pris des moliéristes de faire de Molière notre contemporain, et non celui de Louis XIV.
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01 Molière et sa fortune littéraire, 1970, pp. 10 et 24.
02 « Molière et la farce », in La Revue de Paris, 1er mai 1901, p. 130.
[1] Molière, 2007, pp. 314-315.
2 « Les dernières recherches sur la vie de Molière », Etudes critiques sur l’histoire de la littérature, 1ère série, 1880-1907, p. 115.
3 Lettre satirique sur le Tartuffe, citée in Œuvres complètes de Molière, édition Louis Moland, 1864, T. VI, p. 230.
4 Elomire Hypocondre (1670), in Molière, œuvres complètes, éd. critique Louis Moland, 1864, T. X, p. 487.
5 L’Enfer burlesque (1677), p. 22.
6 Le Mercure galant (1673), T. IV, p. 273.
7 Les Amours de Calotin (1673), acte I, scène 1.
8 Observations sur une comédie de Moliere intitulée le Festin de Pierre, 1665.
9 Lettres sur les affaires du théâtre in Diversités galantes (1665), p. 73.
10 L’Impromptu de Condé, 1673, sc. 3.
11 Elomire Hypocondre (1670), acte I, scène 3.
12 En ce qui concerne l’origine même du mot « bouffon : « Il vaut mieux croire ce que dit Ménage d’après Somaize, et faire dériver le mot bouffon de Buffo, terme de basse latinité par lequel on désignait ceux qui paraissaient sur le théâtre avec les joues enflées pour recevoir des soufflets, afin que le coup faisant plus de bruit fit rire davantage les spectateurs. » A. Gazeau, Les Bouffons, 1882, p. 3.
13 Molière, 1998, p. 551.
14 La Muse historique du 31 octobre 1666.
15 Lettre à Madame du 16 avril 1667.
16 La Muse historique du 20 septembre 1665.
17 Molière, Œuvres complètes, 1971, T. I, p. 1331.
18 Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, 1997, T. II, p. 630.
19 La Comédie de Molière, l’auteur et le milieu, 1903, p. 308.
20 Molière, Œuvres complètes, 1971, T. I, p. 1557.
21 Œuvres complètes de Molière, éd. Louis Moland, T. X, p. 488, note 1.
21 « Maître Mouche farceur et chef de troupe au XVe siècle » in Revue d’Histoire du Théâtre, 1954, T. IV, p. 292
23 Cf. Sauval, Galanteries des rois de France, 1721, 3ème partie, p. 70.
24 Le Théâtre français sous Louis XIV, 1874, p. 303.
25 Œuvres de Molière, éd. Paul Mesnard, 1873-1893, T. III, p. 331.
26 Molière, 2007, p. 293.
27 Histoire du 41ème fauteuil de l’Académie française, 1864, p. 107.
28 « Les dernières années de Molière » in La Revue des Deux-Mondes, T. XXI, 15 jan. 1848, p. 213.
29 Préface à l’ouvrage de Jacqueline Cartier, Le Petit Molière, 1973.
30 Le Misanthrope de Molière, 1969, Introduction.
31 Le Sceptre et la marotte, 1983, p. 225.
32 Louis XIV artiste, 1999, p. 143
33 Cité dans Louis Moland, Vie de J.-B. P. Molière, 1892, p. 146.
34 Histoire de France : Le Siècle de Louis XIV, T. XIII, 1858, p. 197.
35 Les Médecins et Molière, conférence, 26 janvier 1922, p. 27.
36 Le Sceptre et la marotte, 1983, p. 258.
37 La Vengeance des marquis (1663), scène 2.
38 Etudes sur la vie et les œuvres de Molière, 1885, p. 218.
39 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, pp. 69 et 80.
40 L’Enigme de Molière, suivie de 20 récits inédits, 1968, p. 15.
41 Molière, 2007, p. 235.
42 Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette, suivis de Souvenirs et anecdotes historiques sur les règnes de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI, posth., 1823, T. III, p. 8. (cf. chapitre 64).
43 Epître sur la condamnation du théâtre, 1694.
44 Les Bouffons, 1882, p. 77.
45 La Vie de Monsieur de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p. 96.
46 Journal de Dangeau, cité dans Victor Fournel, Du rôle des coups de bâton dans les relations sociales et, en particulier, dans l’histoire littéraire, 1858, p. 71.
47 In Mélanges de M. Philibert de Lamare, conseiller au parlement de Dijon, 1670. Cf. aussi La Martinière, Nouvelle Vie de Molière in Œuvres de Molière, 1725, p. XXVII.
48 Molière, 1998, p. 315.
49 Zélinde ou la Véritable critique de l’Ecole des Femmes, 1663, scènes 6 et 8.
50 Observations sur une comédie de Moliere intitulée le Festin de Pierre, 1665.
51 Molière, Œuvres complètes, édition critique de Georges Couton, T. I, pp. 1549 et 1550.
52 Vie de J.-B. P. Molière, histoire de son théâtre et de sa troupe, 1892, p. 155.
53 Idem, p. 83.
54 Cité dans Alfred Canel, Recherches historiques sur les fous des rois de France, 1873, p. 142.
55 Cité dans Le Moliériste, 1888, n° 111, p. 69.
56 Molière, 1998, p. 365.
57 Œuvres complètes de Molière, 1949, T. ?, p. 64.
58 Le Livre abominable de 1665 qui courait en manuscrit parmi le monde sous le nom de Molière, 1883, T. I, p. XLVII, découvert et préfacé par Louis-Auguste Ménard. Le titre L’Innocence persécutée figure sur le manuscrit de la Bibliothèque de l’Arsenal, anonyme et non daté, redécouvert bien plus tard par Georges Mongrédien, sous la cote 3148.
59 Récréations littéraires, 1765, pp. 24 et 25.
60 La Comédie de Molière, l’auteur et le milieu, 1903, p. 274.
61 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p. 122.
62 Le Féminisme au temps de Molière, 1926, pp. 152 et 154.
63 « Molière ou l’esprit du carnaval », p. 17. Colloque international des premières biennales Molière, 2001, in www.georgetown.edu/faculty/spielmann/articles/molierecarnaval.
64 Molière, 2007, p. 209.
65 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p. 116.
66 Les Contemporains de Molière, T. II, p. 196.
67 XVIIe siècle, institutions, usages et coutumes, 1880, p. 484.
68 Le Roman de Molière, 1863, p. 127, note 1.
69 Molière, 1963, p. 163.
70 « Le blason de Molière », in Gazette des Beaux-Arts, mars 1978, p. 207.
71 In Le Moliériste, 1879, n° 4, p. 119.
72 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p. 98.
73 Idem, p. 109.
74 Les Grands névropathes, 1930, p. 118.
75 Les Points obscurs de la vie de Molière, 1877.
76 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p. 105.
77 Idem, p. 109.
78 François Rey, Jean Lacouture, Molière et le Roi, l’affaire Tartuffe, 2007, p. 373.
79 Les Bouffons, 1882, p. 60.
80 Molière à Bordeaux et ses fins dernières à Paris, T. II, p. 260, note 1, in Actes de l’Académie de Bordeaux, 1896.
81 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p 109.
82 « Molière est-il l’auteur de L’Innocence persécutée ? » Revue d’Histoire du Théâtre, janv-mars 1974, n° 1, p. 74.
83 Idem, p. 186.
84 Discours au Cynique Despréaux (posthume).
85 Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, 1997, T. II, p. 484.
86 Anecdotes littéraires, 1752, T. II, p. 83.
87 La Comédie de Molière, l’auteur et le milieu, 1903, p. 295.
88 Article in Journal des Savants, 1935, p. 118.
89 Lully ou le musicien du soleil, 1992, p. 637.
90 Molière, 1998, p. 580.
91 Le laquais de Molière, 1887.
92 Les points obscurs de la vie de Molière, 1877, p. 334.
93 Notes et documents sur l’histoire des théâtres de Paris au XVIIe siècle, éd. critique Bibliophile Lacroix, 1880, p. 14.
94 Molière : portrait de la France dans un miroir, thèse, 2004, p. 195.
95 Histoire de la littérature française, rééd. 1924, pp. 525 et 528.
96 Morales du grand siècle, 1948, p. 214.
97 « Molière subversif » in XVIIe siècle, n° 157, oct-déc. 1987, p. 404.
98 Cité dans Le Moliériste, 1881, n° 28, p. 118.
99 Le Moliériste, 1888, n° 117, p. 263.
100 Iconographie moliéresque, 1876, p. 187.
101 Un faux fut mis en circulation pour pallier ce manque que les défenseurs du dogme jugent incompréhensible : La Bague de l’oubli (1635), portant la dédicace : « A M. J.-B. Pocquelin, son amy Rotrou. » Pour la Rédaction du Moliériste (1888, n° 108, p. 335, n. 1) : « ce double autographe est plus que suspect : il est vraisemblablement de la main de Vrain-Lucas. » Le dénommé Vrain-Lucas fit circuler des dizaines de faux littéraires, dont beaucoup concernant Molière.
102 Lire « Boileau, d’Aubignac, La Fontaine dévoilent la collaboration Corneille-Molière » in site corneille-moliere.org.
103 Le Moliériste, 1881, n° 30, p. 183.
104 Supplément à la vie de Moliere in Œuvres de Molière, 1773, T. I, p. 75.
105 On appelle « caresme-prenant » les trois jours gras, plus particulièrement le jour du Mardi gras.
106 In Chevalier, Les Amours de Calotin, 1673, notice par P. L. Jacob, bibliophile, 1870, p. VII.
107 Les Bouffons, 1882, pp. 133-134.
108 Recherches historiques sur les fous des rois de France, 1873.
109 Cité dans Œuvres complètes de Tabarin, précédé d’une introduction et une bibliographie de Gustave Aventin, 1858, p. XII.
110 Les Œuvres de Tabarin, préface et notes par Georges d’Harmonville, 1878, p. XIV.
111 Nouvelles nouvelles, 1663.
112 Lire notre article « Boileau, d’Aubignac, La Fontaine dévoilent la collaboration Corneille-Molière », in site corneille-moliere.org.
113 Le Verrier, Les Satires de Boileau commentées par lui-même, publiées avec notes par Frédéric Lachèvre, 1906, p. 26.
114 Jugements des savants sur les principaux ouvrages des auteurs, 1686, T. IX, p. 111.
115 Œuvres de Molière, 1927, T. I, p. VI.
116 Le Sceptre et la marotte, 1983, p. 120.
117 Le Théâtre français sous Louis XIV, 1874, p. 300.
118 Le Théâtre au XVIIe siècle, 1892, p. 15.
119 Cf. Feuillet de Conches, Causeries d’un curieux, 1864, T. III.
120 Grimarest, La Vie de M. de Molière (1705), éd. critique Georges Mongrédien, 1955, p. 127.
121 Cette histoire de Victorien Sardou, fervent moliériste, a été répétée par Georges Lenôtre dans un article du Temps et dans son ouvrage Existences d’artistes, 1941. Elle a longtemps été utilisée pour cacher l’absence de manuscrits. Pourquoi ce paysan vient-il de Feucherolles ? Sans doute parce que c’est dans ce village qu’a grandi Nicolas Guérin, fils d’Armande et de son second mari, Isaac-François Guérin d’Estriché.
122 La Vie de M. de Molière (1705), édition critique Georges Mongrédien, 1955, p. 35.
123 Cf. Dictionnaire portatif historique et littéraire des théâtres contemporains contenant l’origine des différents théâtres de Paris, 2ème éd. 1763, p. 626.
124 Lettre critique à M. de*** sur le livre intitulé La Vie de Monsieur de Molière (1706), in Grimarest, La Vie de M. de Molière (1705), éd. critique Georges Mongrédien, 1955, p. 142.
125 « Maître Mouche farceur et chef de troupe au XVe siècle » in Revue d’Histoire du Théâtre, 1954, T. IV, p. 292.
126 Elomire hypocondre, 1670, III, 2.
127 Jugements des savants sur les principaux ouvrages des auteurs, 1686, T. V, p. 310.
128 Idem.
129 Recherches historiques sur les fous des rois de France, 1873, p. 283.
130 Cf. notre thèse inédite Molière, Bouffon du Roi et prête-nom de Corneille (1000 pages, 750 ouvrages utilisés, 2100 citations référencées), éditée hors commerce par l’Association cornélienne de France (2007).
131 Les Clercs du Palais, recherches historiques sur les bazoches des Parlements et les Sociétés dramatiques des Bazochiens et des Enfants-Sans-Souci, 1875, pp. 253 et 168.
132 Lire notre article « Boileau, d’Aubignac, La Fontaine dévoilent la collaboration Corneille-Molière » in site corneille-moliere.org. Plus généralement, notre ouvrage Tout savoir sur l’Affaire Corneille-Molière (in site corneille-moliere.org).
133 Les Clercs du Palais, recherches historiques sur les bazoches des Parlements et les Sociétés dramatiques des Bazochiens et des Enfants-Sans-Souci, 1875, p. 253.
134 Idem, p. 122.
135 Molière, 1998, p. 557.