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L’attribution à Corneille des principales pièces de Molière, quelle valeur scientifique ?

Dominique Labbé (mai 2009)

En décembre 2001, Cyril Labbé et moi-même avons publié un article dans lequel il est démontré que P. Corneille a écrit toutes les pièces en vers représentées sous le nom de Molière, mais également le Dom Juan et L’Avare, ainsi que les 4/5e  du Bourgeois gentilhomme et du Malade imaginaire.

Quelques littéraires ont présenté des objections auxquelles il a été répondu dans un ouvrage, plusieurs articles et interventions devant des séminaires et des congrès (nos interventions à Orsay et à Dublin sont consultables sur le site corneille-moliere.org).

Malheureusement, notre travail continue d’être présenté de manière caricaturale. C’est notamment le cas sur internet, y compris sur des sites comme Wikipedia, pourtant réputés pour leur sérieux. En particulier, on laisse entendre que je serais un chercheur isolé qui aurait mis au point tout seul un programme informatique spécialement dédié à Corneille et Molière et que les méthodes et les résultats ne seraient pas validés par la communauté scientifique. Certains littéraires vont plus loin. Par exemple, un professeur de théâtre à la Sorbonne affirme que je serais un "mystificateur", voire un "faussaire". Des institutions – comme la Comédie-Française ou la Sorbonne (via le site Fabula) – accueillent complaisamment ces stupidités.

Nous remercions les animateurs de corneille-moliere.org de nous donner l’occasion d’y répondre sur le seul terrain qui importe : celui de la recherche scientifique.

 I. Quatre précisions nécessaires

Premièrement, les logiciels – développés depuis 40 ans et connus sous le nom générique de "lexicométrie" – sont une œuvre collective et non pas une production personnelle et solitaire. Cyril Labbé et moi-même avons été, tout au plus, les animateurs d’un vaste réseau dont quelques participants seront cités dans la suite de ce texte. D’ailleurs, le mot "logiciel" peut égarer car les progiciels grand public n’ont rien à voir avec nos programmes. Ces progiciels sont des boîtes noires dont on ignore le contenu et le fonctionnement ; nos programmes ne sont que la traduction informatique de formules mathématiques et d’algorithmes qui sont dans le domaine public. Ces formules et ces algorithmes ont été testés et publiés selon des règles strictes. Ainsi, tous les scientifiques intéressés peuvent les reproduire et – à l’aide des données également mises dans le domaine public – obtenir exactement les mêmes résultats que nous.

Pour ce qui concerne la méthode d’attribution d’auteur – c’est-à-dire l’identification de la plume qui a composé un texte d’origine douteuse ou inconnue – nous avons mis dans le domaine public, dès 2000, les formules, les algorithmes et les données (les fichiers électroniques des pièces). Depuis 10 ans, ces formules et ces fichiers ont circulé très largement. Pourtant, aucun statisticien sérieux n’a remis en cause nos méthodes et nos résultats (nous revenons plus bas sur le cas des deux prétendus "contradicteurs"). C’est tout simplement parce que tout est en ordre et qu’il n’y a rien à nous reprocher…

Deuxièmement, nos travaux portent sur la totalité des textes écrits en français moderne, c’est-à-dire du XVIIe siècle à nos jours. Pour le XVIIe, nous avons utilisé non seulement Corneille et Molière mais aussi Racine, Mairet, Quinault. Sous-entendre que nous avons construit spécialement ces programmes pour "démasquer" Molière est donc tout simplement absurde. Nous y revenons plus bas.

Troisièmement, nos travaux portent sur toutes les questions que posent les sciences du langage et la critique littérature : vocabulaire d’un auteur ou d’une époque, découpage des textes et des corpus en séquences homogènes, recherche des ruptures thématiques et stylistiques dans une œuvre, proximités entre les œuvres et entre les auteurs, structure grammaticale des textes et des auteurs, construction de la phrase, style, etc. L’attribution d’auteur n’est qu’une fraction infime de cet ensemble de questions. C’est d’ailleurs un cas particulier d’un problème plus général – la classification automatique des textes dans les grandes bases de données –, problème auquel nous avons apporté une solution originale : la combinaison de la distance intertextuelle et des classifications automatiques et arborées. L’efficacité de cette méthode a été reconnue. Elle est maintenant utilisée par plusieurs logiciels d’analyse des données textuelles, dont "hyperbase"1, logiciel développé par…  E. Brunet. Si nos méthodes sont mauvaises – comme l’affirme ce littéraire – pourquoi les utilise-t-il ?

Quatrièmement, notre méthode est le résultat d’un long travail collectif de mise au point et elle a subi, avec succès, les tests les plus rigoureux.

II. Une mise au point rigoureuse

Pour s’en tenir à la distance entre les textes combinée à la classification automatique, voici, brièvement résumé, l’historique de la mise au point qui s’est étalée sur trois ans.

La première expérience, réalisée en 1998, portait sur les Premiers ministres de la Ve République française. Elle a été présentée le 3 décembre 1998, dans le cadre du troisième cycle de sciences politiques de l’Université de Montpellier dirigé par le Professeur M. Miaille. Dix ans plus tard, les professeurs J.-L. Autin et L. Weill ont jugé cette conférence digne de figurer dans le recueil des hommages rendus au professeur Miaille à l’occasion de son départ à la retraite2.

Quelques semaines plus tard, cette même conférence a été présentée devant le séminaire du troisième cycle de l’Ecole Normale Supérieure qu’animait le professeur B. Habert, avec qui nous avons continué à travailler régulièrement depuis lors.

En juin 1999, nous avons présenté à nouveau ces résultats – avec d’autres – devant le séminaire de l’Institut Catalan de Statistiques (l’équivalent de notre INSEE) à la satisfaction totale des organisateurs avec qui nous sommes toujours en contact.

Nous aurions donc "mystifié" tous ces gens ? Et si c’était le cas, pourquoi auraient-ils continué à travailler avec nous ?

La seconde application a porté sur les discours des Premiers ministres canadiens et québécois, depuis 1944, en collaboration avec le professeur D. Monière de l’Université de Montréal. Est-il nécessaire de préciser que l’algorithme a parfaitement regroupé tous les textes de chacun des Premiers ministres ? Cette communication était destinée aux Journées d’Analyse des Données Textuelles de Lausanne en 20003. En 1999, nous l’avons fait relire par P. Hubert (Ecole des Mines de Paris) qui, tout en formulant de très utiles remarques, a confirmé nos principales conclusions, notamment la capacité de la méthode à reconnaître et à discriminer les auteurs. Deux lecteurs du comité scientifique de ce congrès l’ont également jugée digne d’être présentée (nous ignorons leur nom puisque la règle veut que les évaluations soient anonymes). Croit-on sérieusement que nous aurions pu "mystifier" ces personnes – dont la compétence et la valeur intellectuelle n’est pas contestée ?

La troisième application a porté sur la presse syndicale en collaboration avec M. Brugidou4. Est-il nécessaire de préciser que tous les articles rédigés par la même plume étaient reconnus et classés ensemble ? Croit-on sérieusement que ce chercheur aurait accepté de travailler avec nous si nous étions des mystificateurs ? Et pourquoi aurait-il accepté de continuer à collaborer avec nous après cela ?

La quatrième application a porté sur les entretiens avec un panel de représentants patronaux et syndicaux dans cinq négociations collectives au Québec, étude réalisée sous la conduite des professeurs J.-G. Bergeron et R. Bourque5. Est-il nécessaire de préciser que l’algorithme a parfaitement repéré tous les entretiens réalisés avec les mêmes interlocuteurs ? Cette expérience a été jugée digne d’être présentée devant le congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française et notre texte a été publié parmi les meilleures communications. Comment aurions-nous pu tromper les organisateurs du congrès, les éditeurs des actes et surtout J.-G. Bergeron et R. Bourque dont la valeur professionnelle n’est contestée par personne. Croit-on sérieusement que, si le travail réalisé en commun n’avait pas été sérieux, ils auraient continué à collaborer avec nous ?

La cinquième application a porté sur deux cents entretiens réalisés par les sociologues d’EDF. Cette exploitation secondaire était effectuée dans le cadre d’un contrat de recherche sur les "représentations du confort électrique"6. Le contrat de recherche était piloté par M. Brugidou et D. Le Roux. Est-il nécessaire de préciser que nos algorithmes ont repéré les quelques entretiens réalisés avec les mêmes personnes ? Les premiers résultats ont été présentés au printemps 2001 dans le cadre d’une journée de travail organisée par le Centre d’Informatisation des Données Socio-Politiques de Grenoble, à la demande des organisateurs de ces journées. Tous ces gens continuent à travailler avec nous et aucun n’a contesté nos conclusions, bien au contraire. Croit-on que nous aurions pu tromper tous ces gens ? Cette grande entreprise nationale aurait-elle accepté de travailler avec nous si nous étions des "mystificateurs" ?

La sixième application a porté sur un recueil d’entretiens et de textes portant sur la prévention des conduites à risques dans les établissements scolaires, dans le cadre d’une recherche pilotée par G. Berger et N. Leselbaum7. Là encore genres, thèmes et auteurs se trouvaient parfaitement classés par nos algorithmes. Ce constat était partagé par les responsables de l’étude qui ont jugé notre travail digne d’être intégré dans le rapport final. Comment aurions-nous pu tromper ces chercheurs chevronnés et toute l’équipe qui travaillait avec eux ? Pourquoi auraient-ils continué à travailler avec nous si nous étions des "mystificateurs" et des "faussaires" ?

D’autres expériences ont été réalisées sur des collections de journaux et sur trois siècles et demi de littérature française. Elles ont montré que la distance entre les textes s’explique par 4 facteurs : époque, genre, auteur, thème. Elles ont permis d’étalonner une échelle des distances en fonction de ces quatre facteurs et une méthode pour déterminer avec certitude la paternité des textes d’origine douteuse ou inconnue. Toutes ces expériences ont confirmé la puissance et la fiabilité de notre méthode mais aussi la singularité du cas Corneille-Molière qui n’est comparable qu’au cas Gary-Ajar8.

Depuis lors, cette méthode a été mise à l’épreuve, dans les conditions les plus rigoureuses, notamment en utilisant des tests dits "en aveugle". A titre d’exemple, en voici trois particulièrement intéressants.

 III. Trois expériences cruciales

Dans l’expérience portant sur Corneille et Molière la classification qui a démasqué leur collaboration a été réalisée par X. Luong, mathématicien et informaticien dont personne ne met en cause la compétence et l’honnêteté. Dans les données qui lui avaient été transmises, les auteurs avaient été supprimés et le titre des œuvres remplacées par des numéros. X. Luong a donc travaillé "en aveugle". Aucune manipulation n’était possible.

Un grand nombre d’expériences ont été réalisées de cette manière. Toutes, ont démontré la solidité de nos méthodes. En voici trois.

La première a été organisée par… E. Brunet. A la suite d’un défi qu’il nous avait lancé publiquement, il nous a fait parvenir, au printemps 2002, une cinquantaine de textes dont il avait caché le titre et les auteurs. Il pensait que certains de ces textes pouvaient prendre notre méthode en défaut. Mieux : il avait glissé, au milieu des textes réels, des "chimères" obtenues par collage de plusieurs œuvres. Nos programmes ont déjoué ces pièges : tous les textes attribués à un même auteur l’étaient effectivement ; tous les textes désignés comme étant d’auteurs différents, l’étaient également. Mieux encore : toutes les chimères avaient été classées à part. Enfin, l’échelle de la distance intertextuelle, utilisée pour l’attribution d’auteur, était entièrement validée9. Dépité, E. Brunet, reniant sa parole, a refusé la publication de cette expérience – alors même que les épreuves de l’article étaient déjà prêtes10.

Un autre test en aveugle, particulièrement intéressant, a été réalisé avec D. Monière. Nous avions rassemblé tous les discours publics des Premiers ministres québécois depuis 1960. Ce très vaste ensemble (de plus de deux millions de mots) a été utilisé pour l’expérience suivante. Deux Premiers ministres successifs, J. Parizeau et L. Bouchard étaient soupçonnés d’avoir utilisé le même collaborateur pour écrire leurs discours. Nous avons vérifié cette rumeur et, pour chacun des deux Premiers ministres, nous avons dressé la liste des discours rédigés par ce collaborateur et de ceux écrits par d’autres11. Trois éléments rendent cette expérience particulièrement intéressante. Premièrement, J.-F. Lizée – la plume de l’ombre des deux Premiers ministres successifs – a totalement confirmé nos deux listes : aucune erreur ! Deuxième élément remarquable : D. Monière et moi-même avons présenté, en 2006, cette expérience lors d’un congrès dont l’un des organisateurs était… J.-M. Viprey ! Il était d’ailleurs présent – avec E. Brunet et L. Lebart - lorsque D. Monière a présenté oralement notre communication : ils n’ont élevé aucune objection. Troisième information intéressante : en avril 2009, l’Assemblée nationale du Québec a décerné son prix du livre politique à un ouvrage dont l’un des chapitres présente cette expérience et discute la question des plumes de l’ombre des dirigeants politiques12. Qui oserait parler de "mystification" à propos de cette expérience ?

L'un des derniers tests en date a été organisé par deux chercheurs anglais qui ont soumis 52 textes "anonymés", en demandant lesquels étaient écrits par les mêmes écrivains et, par conséquent, lesquels étaient d'écrivains différents. Ces textes avaient été choisis parce qu'il semblait difficile de distinguer certains écrivains et leurs différents ouvrages. L'expérience s'est déroulée sous le contrôle des deux chercheurs. Le calcul des distances et la classification automatique ont attribué correctement les 52 textes à leurs écrivains – tous romanciers anglais de la seconde moitié du XIXe siècle – et aux ouvrages correspondants13. La probabilité de réussir par hasard de telles épreuves est infinitésimale14. Là encore, qui oserait prétendre que nous avons "mystifié" ces deux chercheurs chevronnés, le rédacteur en chef et les deux lecteurs de la revue qui en a publié le compte rendu ainsi que les organisateurs du congrès de 2008 devant lequel C. Labbé a discuté la portée de ces résultats ? Encore une fois, E. Brunet, L. Lebart et J.-M. Viprey étaient présents dans la salle et n’ont élevé aucune objection.

D’ailleurs, comment le pourraient-ils puisqu’ils ont tous deux amplement démontré la validité de notre méthode et de nos conclusions ? C’est tout spécialement le cas de J.-M. Viprey.

IV. Le cas Viprey

En mai-juin 2003, ce maître de conférences à la faculté des lettres de Besançon a mis en ligne sur sa page personnelle une série de textes qui se voulaient des réfutations de notre travail. Nous y avons répondu poliment, en montrant ses erreurs statistiques manifestes15. Pourtant, il a été complaisamment cité dans la grande presse, qui l’a présenté faussement comme un "expert", et qui a ignoré nos réponses.

Le 11 mars 2004, à Louvain-la-Neuve, M. Viprey nous a été opposé lors d’une table ronde organisée dans le cadre des Journées d’Analyse des Données Textuelles16. Au cours de ce débat, il a été contraint d’admettre qu’il n’a pas les compétences statistiques nécessaires et qu’il existe une proximité troublante entre les vocabulaires de Corneille et de Molière. Mais il a affirmé avoir trouvé la preuve que Molière était bien un grand écrivain… dans les chansons de C. Nougaro17.

En décembre 2006, le même a fait paraître, dans une revue scientifique en langue anglaise, un curieux article signé d’un étrange co-auteur18.

Dès la parution de cet article, nous avons écrit à la direction de la revue – avec copie à J.-M. Viprey – en dénonçant le non-respect des usages en matière de publication scientifique et le caractère manifestement erroné des formules, des figures et des prétendus résultats. Le directeur nous a immédiatement adressé des excuses ; nous attendons toujours la réponse de l’auteur.

Cyril Labbé et moi-même avons alors décidé de répondre complètement. Comme cet étrange article nous mettait en cause à toutes les lignes – depuis le titre jusqu’aux annexes – nous l’avons reproduit intégralement, avec nos réponses en regard.

En synthèse, voici ces réponses :

- les formules sont erronées ;
- de graves erreurs de calcul et de méthode sont commises ;
- les prétendus résultats sont faux et certains sont manifestement trafiqués ;
- deux graphiques ont subi des maquillages évidents ;
- correctement réalisée, l’expérience sur Corneille et Molière, présentée dans cet article, confirme la paternité de Corneille sur toutes les pièces en vers parues sous le nom de Molière !

En avril 2007, nous avons mis en ligne ce dossier en prévenant J.-M. Viprey et le rédacteur en chef de la revue (qui n’a fait aucune objection). Ce texte a été accepté dans les "archives ouvertes" du CNRS.

Après un an de silence, en mars 2008, J.-M. Viprey est intervenu auprès de la direction du CNRS, lui demandant de retirer ce dossier sous le prétexte que celui-ci "viole sa propriété intellectuelle" ! A notre grande surprise, la direction du CNRS s’est pliée à cette demande, déclenchant une levée de boucliers. Après quelques tergiversations, le CNRS a accepté de rétablir notre réponse à condition que nous occultions le texte de J.-M. Viprey19.

Avec l’accord du directeur et du Webmestre de l’Institut d’études politiques de Grenoble, le dossier – avec l’article de Viprey – a été maintenu sur notre page personnelle20. Les éditions Impressions nouvelles de Bruxelles ont fait de même.

Depuis lors, J.-M. Viprey se tait, confirmant ainsi implicitement la validité de toutes nos accusations et achevant de se discréditer aux yeux de ses derniers partisans.

Conclusions

Rappelons qu’il a été proposé à nos contradicteurs de réaliser des expériences en aveugle sur les œuvres de leur choix, à condition que ces expériences et que leurs résultats soient publiés avec l’indication de leurs noms. Comme on l’a vu, ces expériences ont été nombreuses, et toutes couronnées de succès. Cependant, depuis 2002, aucun de nos contradicteurs ne s’est porté volontaire… Cette étrange manière d’agir indique clairement qu’ils savent bien, au fond d’eux-mêmes, que nous avons raison.

Trois autres conclusions peuvent être tirées :

Premièrement, les spécialistes sérieux ont manifesté leur accord et leur soutien en continuant à collaborer avec nous, en utilisant nos données et nos méthodes, en discutant et en publiant nos papiers, en nous invitant à des séminaires, colloques et congrès. Ils ont ainsi confirmé la validité de nos méthodes et de notre attribution à Corneille de toutes les grandes pièces représentées sous le nom de Molière.

Certes, le grand public fait confiance à ce qu’on lui présente abusivement comme des "autorités" : acteurs, romanciers, littéraires. Il n’a évidemment pas l’occasion de rencontrer, dans les gazettes ou sur le petit écran, les chercheurs qui travaillent avec nous. Il n’empêche que ce sont les meilleurs spécialistes dans leurs disciplines respectives. Par exemple, P. Hubert est, depuis une dizaine d’années, secrétaire général de l’association mondiale des hydrologues. D. Monière ou R. Bourque sont directeurs de leurs départements respectifs à l’Université de Montréal…

Deuxièmement, rappelons que, avant de publier notre article de 2001 sur Corneille et Molière, nous avons examiné les sources du XVIIe siècle21. Celles-ci montrent que :

- Molière ne s’est jamais comporté en écrivain ;
- aucun de ses contemporains ne l’a traité comme tel ;
- du vivant de Molière plusieurs personnes bien informées ont laissé entendre qu’il n’avait pas écrit les pièces présentées sous son nom ;
- trois de ces personnes bien informées ont désigné P. Corneille ;
- l’analyse statistique ne fait que confirmer ces évidences historiques.

Nous l’avons signalé d’une phrase dans notre article de 2001. Depuis lors, tous ces éléments restent valables.

Troisièmement, depuis 8 ans, une petite coterie littéraire utilise contre nous des méthodes de propagande simplistes. Si on la laissait faire, la scène intellectuelle et les facultés des lettres ressembleraient rapidement à l’Europe après la chute de l’empire romain, livrée à des chefs de bandes ignares et violents, en proie à un affaissement culturel général.

Pour leur faire échec, il suffit de rester sur le seul terrain qui importe : celui de la liberté intellectuelle, de la connaissance et de la recherche scientifiques, spécialement en matière de recherche historique.

Un petit exemple le fera bien comprendre. Le 10 avril 2003, le magazine Le Point a consacré quatre pages à nos travaux sous la plume d’un journaliste aujourd’hui discrédité. En pleine offensive américaine sur Bagdad, c’était disproportionné ! Mais surtout, l’article prétendait réfuter notre recherche à l’aide d’une supercherie, montée à la Sorbonne par quelques littéraires, accompagnée d’un amas de contrevérités sur notre compte. Dans notre portrait, deux choses seulement étaient exactes : notre sexe et notre ville de résidence ! Tout le reste était absurde ou volontairement mensonger. Quelques mois après, cet article a disparu des archives en ligne du journal. Il n’y reste plus qu’un article de J. Guisnel – favorable à notre travail – et des extraits de notre réponse à cet article qui n’existe plus… Le Point admet donc implicitement que sa bonne foi a été surprise ; que l’article d’avril 2003 n’aurait pas dû paraître et que nous avions raison ! Cette petite victoire n’aurait certainement pas été possible si nous avions quitté le terrain scientifique et si nous avions cédé au démon de la polémique.

 Notes et références

1- Nous ne recommandons pas l’utilisation de ce logiciel car des tests simples montrent qu’il comporte de nombreuses erreurs. Par exemple, il compte les signes de ponctuation comme des "mots", traite "aujourd’hui" comme deux mots ("aujourd’" et "hui"), trace des graphiques manifestement erronés, etc. Comme E. Brunet refuse de communiquer les codes sources, il est impossible de comprendre et de corriger ces aberrations.

2- Dominique Labbé. "Les déclarations gouvernementales sous la Ve République (1959-1997)". In Jean-Louis Autin et Laurence Weill (Eds). Le Droit figure du politique. Etudes offertes au professeur Michel Miaille. Montpellier : Université de Montpellier I, 2008, tome I, p. 843-865. Texte original consultable sur le site HAL-SHS.

3- Dominique Labbé et Denis Monière. "La connexion intertextuelle. Application au discours gouvernemental québécois". In Martin Rajman et Jean-Cédric Chappelier (Eds). Actes des 5e journées internationales d’analyse des données textuelles. Lausanne : Ecole polytechnique fédérale, 2000, vol 1, p.  85-94. En ligne sur le site lexicometrica.

4- Mathieu Brugidou et Dominique Labbé. Le discours syndical français contemporain (CFDT, CGT, FO en 1996-98). Paris : EDF - Division Recherche et Développement, 2000.

5- Jean-Guy Bergeron et Dominique Labbé. "L'évaluation de la négociation raisonnée par les acteurs. Une analyse lexicométrique". Communication au XVIe Congrès international de l'Association internationale des sociologues de langue française. Québec : juillet 2000, 12 p. Reproduit dans Colette Bernier et Al. Formation, relations professionnelles à l’heure de la société-monde. Paris-Québec : L'Harmattan - Les Presses de l'Université Laval, 2002, p. 239-252.

6- Cyril Labbé et Dominique Labbé. "Discrimination et classement au sein d'un groupe d'entretiens. Le cas du confort électrique"Les nouvelles méthodes d'analyse des entretiens. Communication aux journées d'études du CIDSP. Grenoble : 9 mars 2001.

7- Guy Berger et Nelly Leselbaum. La prévention des toxicomanies en milieu scolaire. Montpellier : CRDP, 2002.

8- Cette étude est partiellement reproduite dans : Benoît Peeters et Michel Lafon. Nous est un autre. Paris : Fayard, 2006. Texte complet dans : Dominique Labbé. Gary-Ajar. Grenoble : CERAT, 2004 (consultable en ligne sur le site "archives-ouvertes").

9- Dominique Labbé. Qui a écrit quoi ?". Grenoble : CERAT, 2002. Ce compte-rendu est en ligne à l’adresse suivante :

http://www.pacte.cnrs.fr/IMG/pdf_LabbeExperience.pdf

10- Nous tenons à la disposition des sceptiques notre correspondance avec E. Brunet, ainsi que la note dans laquelle il reconnaît notre plein succès. Cette note devait être publiée, avec notre article, dans la revue Corpus. Après en avoir interdit la publication, E. Brunet s’est lancé dans des démentis maladroits et des insultes ridicules.

11- Denis Monière et Dominique Labbé. "L’influence des plumes de l’ombre sur les discours des politiciens". In Claude Condé et Jean-Marie Viprey (eds). Actes des 8e Journées internationales d'Analyse des données textuelles, Besançon, 2006, Vol. II, p. 687-696 (consultable en ligne sur le site "archives-ouvertes").

12- Dominique Labbé et Denis Monière. Les mots qui nous gouvernent. Montréal : Monière-Wollank éditeurs, 2008.

13- Compte rendu approuvé par Thomas Merriam et Gerard Ledger et publié dans : Dominique Labbé. "Experiments on Authorship Attribution by Intertextual Distance in English". Journal of Quantitative Linguistics. April 2007, 14-1, p. 33-80.

14- Discussion dans : Cyril Labbé et Dominique Labbé. "Peut-on se fier aux arbres ?" in Serge Heiden et Bénédicte Pincemin (eds). 9e Journées internationales d'analyse statistique des données textuelles (Lyon, 12-14 mars 2008). Lyon : Presses universitaires de Lyon, 2008, II, p. 647-656.

15-

http://www.pacte.cnrs.fr/IMG/pdf_LabbeReponseViprey.pdf

16- Voir les textes à l’adresse suivante :

http://www.pacte.cnrs.fr/IMG/pdf_LabbeLouvain.pdf

17-

http://laseldi.univ-fcomte.fr/Archives/affaireMorneilleColiere/morneille6.htm

18- Jean-Marie Viprey, Claude-Nicolas Ledoux. About Labbé's "Inter-textual Distance". Journal of Quantitative Linguistics. 13(2-3), december 2006, p. 265-283. Claude-Nicolas Ledoux est un architecte mort il y a près de deux siècles.

19- On pourra consulter ce curieux résultat sur le site :

http://halshs.archives-ouvertes.fr 

20-

http://www.pacte.cnrs.fr/IMG/pdf_LabbeReponseViprey2.pdf

21- Elles sont évoquées dans la postface à l’excellent livre de Denis Boissier : Tout savoir sur l’Affaire Corneille-Molière (disponible sur le site corneille-moliere.org). De manière convergente, Denis Boissier est parvenu aux mêmes conclusions que nous, notamment concernant les textes de Boileau et de l’Abbé d’Aubignac, textes qui sont toujours cités en faveur de Molière alors qu’ils désignent clairement Corneille comme étant l’auteur des pièces de Molière.

 

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